Un conflit après l’autre : Les marchés au gré de l’agenda Trump

17 Avr , 2018 à 9:59  

Ballottés pendant une semaine au gré des sautes d’humeur et des changements de ton de Donald Trump sur le commerce international et le conflit syrien, les marchés financiers pourraient revenir aux fondamentaux au cours des prochains jours à la faveur de la montée en rythme des publications de résultats et d’importants rendez-vous économiques.
Le bilan de la semaine qui s’achève est positif pour les marchés actions, avec un gain hebdomadaire de près de 1% pour le Nikkei à Tokyo, de 1,2% pour l’indice européen Stoxx 600 et de plus de 2% pour le Standard & Poor’s 500 à Wall Street, en dépit de fortes variations au fil des jours et parfois au cours d’une même séance. Les journées de mercredi et jeudi ont en effet été dominées par le retour inattendu du risque géopolitique après l’attaque chimique présumée du 7 avril à Douma, en Syrie, qui a conduit les pays occidentaux à entamer les préparatifs de frappes militaires contre l’armée syrienne. Il a suffi d’un tweet à Donald Trump mercredi pour faire monter la tension en prévenant directement la Russie, alliée n°1 de Damas, que « les missiles arrivent ». Conséquence logique: un repli sur les valeurs refuges, des emprunts d’Etat à l’or en passant par le yen, et une baisse des marchés actions. Le lendemain, toujours sur Twitter, le président américain relativisait l’imminence des frappes, ravivant l’appétit pour le risque; les rendements des Treasuries repartaient à la hausse et Wall Street suivait tandis que le yen reculait. Moins spectaculaire mais loin d’être négligeable, la crise diplomatico-commerciale entre Etats-Unis et Russie après les sanctions de Washington contre des oligarques et des groupes russes a fait chuter l’indice RTS de la Bourse de Moscou de plus de 13% en trois séances et fait perdre au rouble près de 7,5% de sa valeur face au dollar. Ces tensions se sont ajoutées aux craintes persistantes entourant une éventuelle guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. De quoi alimenter des poussées de volatilité plutôt bien accueillies par certains investisseurs. « Dans la période actuelle, il faut être prêt à tout moment à ajuster ses positions. Nous restons ‘long risque’ mais plus actifs », explique ainsi Charles St-Arnaud, stratège senior chez Lombard Odier IM.

L’accélération de l’inflation se fait attendre
« Les secteurs qui sont un peu moins liés à la demande mondiale et aux exportations risquent de faire mieux dans le contexte actuel que ceux qui sont très exportateurs. On le voit dans la surperformance récente du CAC 40 par rapport au Dax: les entreprises du CAC sont beaucoup plus liées à la demande domestique, donc moins soumises aux incertitudes venant du potentiel de guerre commerciale alors qu’en Allemagne, il y a une très forte proportion d’exportateurs que les incertitudes liées au commerce mondial affectent beaucoup plus. » Le commerce international et les changes devraient figurer en bonne place dans l’ordre du jour des réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale puis lors de la réunion des ministres des Finances du G20 à Washington. Le FMI profitera de l’occasion pour présenter, mardi, ses prévisions économiques actualisées, qui pourraient donner à l’institution une nouvelle occasion de mettre en garde contre les risques conjoncturels liés aux barrières commerciales.
Le scénario de fond d’une croissance mondiale proche de 4% cette année ne devrait pas pour autant être remis en cause, mais le débat sur le protectionnisme nourrit les interrogations pour la suite. « En somme, on en a terminé avec la séquence de révision haussière qui avait débuté au printemps 2016, contribuant pendant plus de dix-huit mois au retour de l’appétit pour le risque », explique Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF. « Se pose alors la question de savoir ce qu’il y a derrière ce pic: un plateau, une décrue en pente douce ou une falaise ? » « La configuration la moins probable est, selon nous, la dernière », ajoute-t-il. « Les trois grands pôles de l’économie mondiale ont en effet les moyens de maintenir de bons rythmes de croissance. » En Chine, où seront publiés mardi les chiffres du produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre, la croissance devrait ainsi être restée stable à 6,8% sur un an selon le consensus Reuters. Aux Etats-Unis, le Livre beige de la Réserve fédérale, mercredi, à deux semaines de la réunion du FOMC, permettra de faire le point sur l’évolution de l’inflation, dont le réveil, susceptible d’accélérer la remontée des taux, se fait toujours attendre. « Les investisseurs sont très impatients mais il faut être patient », assure Charles St-Arnaud de Lombard Odier IM. « On devrait observer une accélération de l’inflation en milieu d’année, avec la dépréciation du dollar et l’augmentation des coûts des matières premières. »

Les résultats en soutien
Au milieu des turbulences déclenchées par les bruits de botte au Moyen-Orient et le bras de fer commercial entre Pékin et Washington, les marchés actions, à commencer par Wall Street, pourraient bien trouver un oasis de stabilité dans les publications de résultats, qui vont monter en cadence. Les bénéfices du Standard & Poor’s 500 devraient avoir bondi de 18,4% sur les trois premiers mois de l’année par rapport au premier trimestre 2017 selon le consensus Thomson Reuters I/B/E/S. Une hausse plus de deux fois supérieure à celle attendue pour le Stoxx 600 européen. Pour Mirabaud Securities, « les actions américaines devraient continuer de surperformer leurs homologues européennes pour trois raisons: la croissance des bénéfices devrait rester supérieure aux États-Unis, (…) la faiblesse persistante du dollar contre l’euro, qui pèse sur les actions européennes et une surperformance non démentie du secteur technologique, dont le poids dans l’indice américain est prépondérant ». A l’agenda des prochains jours figurent entre autres les publications de Bank of America, Goldman Sachs, Morgan Stanley et General Electric. En Europe, les résultats d’ASML et d’Ericsson et les chiffres d’affaires de Publicis et Schneider Electric entre autres côté français permettront notamment de mesurer l’impact des changes, déjà sensible dans les chiffres publiés jeudi par L’Oréal.

Léger reflux de l’aversion au risque
Les principales Bourses européennes évoluent sans grand changement en début de séance lundi, tiraillées entre le reflux apparent du risque géopolitique après les tirs de missiles occidentaux samedi en Syrie et la persistance des inquiétudes liées aux tensions avec la Russie d’une part, la Chine d’autre part. À Paris, le CAC 40 est pratiquement stable à 5.316,02 points après un peu plus d’une heure d’échanges tandis qu’à Francfort, le Dax prend 0,09% et qu’à Londres, le FTSE 100 recule de 0,1%. L’indice paneuropéen FTSEurofirst 300 est en baisse de 0,08%, l’EuroStoxx 50 de la zone euro gagne 0,07% et le Stoxx 600 cède 0,04%. Les contrats à terme sur les principaux indices boursiers américains préfigurent une ouverture en hausse de 0,3% à 0,4% à Wall Street. Après les tirs de missiles américains, britanniques et français contre des installations militaires et chimiques syriennes, les craintes d’une escalade militaire ont été en partie apaisées par les déclarations des capitales occidentales. « Les marchés semblent interpréter le ‘mission accomplished’ twitté par Donald Trump comme un signe que les bombardements en Syrie sont achevés », résume Stéphane Déo, de LBPAM. L’apaisement au moins temporaire des craintes d’escalade favorise un petit regain d’appétit pour le risque qui se traduit par une remontée des rendements obligataires: le dix ans allemand ressort à 0,548%, au plus haut depuis trois semaines, contre 0,515% en fin de journée vendredi avant les frappes, et son équivalent américain prend lui aussi plus de trois points de base, à 2,8617% contre 2,828%.

Wpp recule, Whitbread bondit
Autre dossier en suspens: celui du risque commercial entre les Etats-Unis et la Chine. S’il a été momentanément relégué au second plan par les préoccupations géopolitiques, il n’est en rien écarté et pourrait revenir sur le devant de la scène cette semaine à l’occasion des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington. Côté macroéconomie, les investisseurs attendent entre autres à 12h30 GMT les chiffres des ventes au détail aux Etats-Unis en mars, mais surtout ceux de la croissance chinoise mardi. Sur le marché des changes, le dollar est en très légère baisse face à un panier de devises de référence et l’euro remonte un peu, vers 1,2340 dollar. Le marché pétrolier est en net repli, le Brent et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) cédant plus de 1,5%. Au reflux des tensions géopolitiques est venu s’ajouter l’annonce vendredi d’une augmentation du nombre de forages en exploitation aux Etats-Unis selon le recensement hebdomadaire de Baker Hughes. Aux valeurs en Europe, le géant britannique de la publicité WPP cède 1,22% après l’annonce du départ de son fondateur et directeur général emblématique, Martin Sorrell, conséquence de l’ouverture d’une enquête sur des soupçons d’emploi inapproprié des finances de l’entreprise. A Paris, son grand concurrent Publicis prend 0,79%. Le groupe britannique d’hôtellerie et de restauration Whitbread, propriétaire entre autres de la chaîne de cafés Costa, bondit de 6,28%, la plus forte hausse du Stoxx 600, après la montée à son capital du fonds activiste Elliott, devenu son premier actionnaire. Aux fusions-acquisitions, le groupe pharmaceutique Shire, qui suscite la convoitise du japonais Takeda, gagne 1,55% après l’annonce de la vente de ses activités d’oncologie au français Servier pour 2,4 milliards de dollars (1,95 milliard d’euros). Fnac Darty gagne 1,23% après l’annonce d’un partenariat avec l’américain Google, qui ouvrira des espaces de démonstration de ses produits et services dans des magasins du groupe. Ilyas A.

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