Stratégies communicatives africaines

26 Juin , 2018 à 15:57  

Abed Boumediene.

Le domaine de recherche est si vaste qu’il dépasse de beaucoup le champ d’expression par les instruments de musique.

D’où l’appellation de cultures sonores qui englobent l’ensemble des techniques de communication dont le son est le véhicule est le son. Kawada Jungo qui nous sert d’auteur de référence, dans ce domaine, s’exprime clairement là-dessus : «Nous ne concevons pas la communication sonore comme quelque chose qui existerait indépendamment de l’homme et du contexte comme un système abstrait.»

Ce qu’on entend par culture sonore
Il faut comprendre un vaste champ d’étude dont la musique est à la fois canal et domaine d’investigation. Dans ce cadre, on entend par concept de culture sonore un ensemble de communications vocales ou instrumentales pratiquées dans différentes sphères de la vie d’une société (d’après une définition de Kawada). Autrement dit toute communication sonore, verbale ou musicale tient de la tradition orale fondée sur la signification de la parole ou d’un son instrumental.
Il en est ainsi d’un message tambouriné exprimé par les mouvements du corps ou les sons d’un camp. Dans des sociétés à longues traditions musicales, la vie est marquée par des événements qui sont autant d’occasions d’évaluation artistique. C’est là une manière comme une autre de faire rentrer dans la compétition artistique. Le langage tambouriné des Mosi de Tenkodogo au Burkina Faso et des Yoruba d’Oshogbo au Nigeriasur lequel se fondent les travaux de Kawada, sont des exemples de messages sonores qui font vibrer le corps en lui dictant les mouvements à exécuter.
Le langage tambouriné est ainsi un extra langage, dépassant largement la langue verbale. En somme, c’est une langue dans une autre langue laissant supposer une communication à plusieurs niveaux fondée sur la dualité : récepteur réel/virtuel. Le destinataire peut être celui qui reçoit en direct, ou en différé et suscite des interrogations sur la réalité culturelle à caractère sonore en Afrique de l’Ouest.
Lorsqu’un groupe musical organise une rencontre avec son public, à l’occasion d’un événement, il fait entendre des sons indicateurs de la diversité culturelle, ethnique qui complexifie le ou les messages interprétés différemment par les récepteurs réels ou virtuels.

Des rencontres musicales à multiples vocations
Cela est à l’image du public de récepteurs caractérisé par la diversité culturelle, ethnique où chacun reçoit en fonction de ses aspirations. Les groupes musicaux sont différents d’une région à l’autre, mais partagent les mêmes finalités : perpétuer la croyance aux génies, une musique fortement rythmée, des danses endiablées. Kawada nous rapporte l’exemple d’un groupe rituel noir de Tunisie qui se compose d’un orchestre exclusivement masculin, un connaisseur omniprésent agissant comme personnage chamanique hermaphrodite et en marge de la société. On y fait intervenir un bouffon représentatif d’une secte religieuse, partie intégrante de la société.
Les rythmes musicaux sont exécutés pour mettre en transe quiconque se laisse emporter ou perdant la maîtrise de soi. La Tunisie étant proche de notre pays nous fait penser aux rencontres musicales entrant dans des pratiques rituelles accompagnées de sacrifices en l’honneur des saints. Les Africains sont restés attachés à la culture des saints, comme d’ailleurs au Maghreb où, à l’occasion des cérémonies rituelles, des musiques font appel aux sensations physiques indicateurs de groupes rituels ou de membres ethniques.
Naski Horiuchi rapporte dans le cas de ces cultures sonores, l’exemple de groupes berbères du Maroc, donnant à examiner des traits culturels différenciés selon qu’ils appartiennent au milieu rural ou urbain, tradition/modernité. Autrement dit, les rythmes musicaux qui se traduisent par des mouvements corporels des danseurs, expriment toute l’intériorité des individus et des sociétés.
Les sons véhiculent des messages plus ou moins concrets, et ils sont intimement liés à des domaines culturellement créatifs comme la danse, la littérature, la récitation rituelle, les arts populaires. C’est dans les traditions populaires qu’on trouve le génie du peuple qui inventé les chants, les jeux instrumentaux, les déclamations, les cérémonies de mariage ou de toute autre événement heureux ou malheureux. A titre d’exemple concret, les chansons d’enfants Moose à signification socioculturelle relevant d’un mode d’expression des jeunes en milieu rural, dont la compréhension demande une forte imprégnation du milieu social où des chants se créent, se transforment au fil des événements et de l’évolution. Ce qui nous fait penser à l’enrichissement des productions en littérature orale.

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