Sorties nocturnes et virées à la mer: Les Algérois à la recherche de détente

26 Juin , 2018 à 17:22  

Epuisés par une année éprouvante, les Algérois n’ont pas attendu la fin du cycle scolaire pour investir les espaces de détente. Balades nocturnes, soirées dans les pizzérias ou salons de glace, chacun tente, selon ses moyens, de souffler en attendant souvent de prendre la route vers d’autres contrées pour des vacances bien remplies.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Il est plus de 21 heures. Sur les plages de la côte-est, les familles ne semblent pas pressées de quitter les lieux. Les tables et chaises louées à 500 DA par des groupes de jeunes sont boudées. Femmes et hommes sont assis sur de minces tapis amenés pour la circonstance.
En dépit de la fraîcheur du moment, les enfants refusent de sortir de l’eau. Des bébés barbotent, éternuent. Des repas légers sortent des couffins : œufs bouillis, fromage et poivrons frits sont à l’honneur. Sous les lumières des lampadaires allumés un peu plus tôt, Sirène I et II semblent féeriques.
Ces deux plages jumelles de Bordj-el-Kiffan faisaient la fierté du coin il y a quelques années. Aujourd’hui, deux embouchures d’eaux usées traversent les galets et se jettent dans la mer. Une odeur nauséabonde emplit les environs. Les habitués de la région n’y prennent plus garde. Le front de mer continue, au contraire, à attirer grand monde.
Dans cette ambiance, de petits marchands ont dressé des tables où s’empilent de petits jouets multicolores. D’autres ont dressé un immense trampoline gonflable à peine maîtrisé. Samedi au soir, l’immense masse s’est dégonflée s’affaissant sur une dizaine d’enfants. Les parents inquiets y ont vu le pire, mais les plus agiles ont réussi à retirer les petits en un temps record et les voilà repartis pour un second tour quinze minutes après que la situation eut été rétablie. «J’ai eu très peur, commente une vieille mamie en tremblant, mais regardez, elle est remontée (sa petite fille) impossible de les retenir ils n’ont rien d’autre, il faut bien qu’ils s’amusent ces enfants. Toute l’année il n’y a eu que l’école, ils ont besoin de respirer et nous aussi.»
Avides de détente, les lieux semblent surtout profiter aux adultes. «On tue l’ennui», lâche un père de famille, «mis à part la télévision, il n’y a rien, absolument rien à faire, alors on marche tout le long du front de mer, pour prendre l’air et se donner l’impression de faire quelque chose.» Il fait remarquer les tas d’ordures qui s’amassent dans les coins. «Ce n’est pas seulement un problème de ramassage, les restaurateurs d’en face se débarrassent de leurs déchets et les mettent ici.» Ici, c’est le front de mer. En face, des marchands de brochettes et des pizzérias affichent complet. Il y a aussi la queue chez les marchands de glace. Des jeunes vont et viennent. Les discussions tournent autour des coupures d’internet durant la période du bac.
Les critiques vont bon train. «On a rien à faire, on a tourné toute la journée en attendant la connexion. On attendait la soirée pour pouvoir discuter avec nos amis de là-bas, en Espagne. Les enfants du quartier qui ont immigré sont en contact permanent avec nous. On passe la soirée à discuter et faire des appels vidéo. C’est comme si nous étions là-bas nous aussi. Et peut-être qu’un jour on pourra les rejoindre.»
Le jeune homme qui s’exprime ainsi a raté son bac deux fois de suite. Les épreuves qui se déroulent cette semaine ne l’intéressent pas outre mesure. «Pour moi, c’est fini, j’ai tourné une page, j’étais incapable d’apprendre des pages entières d’histoire-géo, j’avais du mal à retenir les textes. C’est bête parce que j’ai eu une bonne note en arabe.» Aujourd’hui, poursuit-il, «je suis dans la vie active, j’essaie de me débrouiller comme je peux, les études pour moi, c’est fini. Le soir je viens ici avec mes amis pour passer le temps, je tue le temps comme je peux, comme tout le monde».
Un peu plus loin, aux Sablettes, les familles sont plongées dans une autre ambiance. Ici, un écran géant permet aux citoyens de suivre les matchs de la Coupe du monde. Des chaises disposées pour la circonstance permettent une organisation presque parfaite. Mais beaucoup de jeunes préfèrent rester debout.
Adossés à une barrière, ils commentent à haute voix les scènes qui se déroulent. «J’aime le foot, la Coupe du monde est un évènement, c’est tout, autrement je suis très déçu que l’Algérie n’y participe pas, cela me fait beaucoup de peine. Nous sommes tous frustrés, mais que voulez-vous, c’est ainsi», lâche un père de famille.
Des policiers surveillent les lieux. Ils tiennent à l’œil les marchands à la sauvette. Malgré l’heure tardive, les jeux continuent de fonctionner. Le bateau pirate qui tangue dans les airs fait fureur. «On se défoule, crient des jeunes filles étourdies à leur descente. On hurle pour enlever le stress de toute une année enfermées à étudier ou travailler. Ici, c’est le seul endroit où on peut respirer. Il n’y a rien d’autre ailleurs, pas de loisirs et on ne peut pas se payer des pizzas chaque jour. Avec nos familles, on amène le dîner et on reste dehors aussi tard qu’on le peut.» Il règne un air de vacances, prélude d’une longue période de détente mais aussi d’ennui que beaucoup d’Algériens ont décidé de rompre ailleurs.
Cette année encore, la Tunisie semble attirer beaucoup de monde. Les publicités pour les plages tunisiennes affichées sur les bus privés ces derniers mois, les spots diffusés sur les chaînes de radio algériennes vantant l’hospitalité tunisienne semblent avoir porté. «Des vacances en Tunisie ne nous reviennent pas plus cher que celles passées dans un complexe algérien. Il y en a pour toutes les bourses là-bas. C’est une affaire d’infrastructures mais aussi une question de dépaysement. Pour nous, ce sera la mi-juillet», claironne une jeune femme en annonçant que les réservations ont déjà été faites.
Abla Chérif

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