Soirées ramadanesques à Tizi Ouzou: Hommage émouvant à Rachid Mesbahi

13 Juin , 2018 à 13:10  

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La direction de la culture de Tizi Ouzou a, depuis quelques années, opté pour ce choix judicieux qui consiste à honorer les artistes et les hommes de culture «avant qu’il ne soit trop tard».

La soirée ramadhanesque de samedi à dimanche derniers a été exceptionnelle puisque la grande salle de la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou a abrité un hommage émouvant au grand chanteur kabyle Rachid Mesbahi, auteur et interprète de plusieurs chansons ayant marqué à vie plusieurs générationsn, dont la mythique «Farredj ya rabbi faredj». Rachid Mesbahi qui a fait son apparition sur cette scène de la ville de son enfance était extrêmement content suite à cet hommage qui arrive au bon moment. Car l’on avait tendance à ne rendre hommage à nos artistes qu’une fois décédés ou au «mieux» une fois que leur état de santé s’était détérioré. Mais la direction de la culture de Tizi Ouzou a, depuis quelques années, opté pour ce choix judicieux qui consiste à honorer les artistes et les hommes de culture «avant qu’il ne soit trop tard».

C’est donc un Rachid Mesbahi aux anges qui était apparu sur scène samedi dernier, en présence d’une pléiade de célèbres chanteurs kabyles dont Ouazib Mohand Améziane, Taleb Tahar, Saïd Khazem… La soirée à laquelle ont pris part plusieurs responsables locaux, à l’instar du secrétaire général de la wilaya, du président de l’APC de Tizi Ouzou, Ouahab Aït Menguellet ainsi que de la directrice de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, Nabila Gouméziane, a vu d’abord plusieurs chanteurs se produire en première partie en interprétant l’une des chansons fétiches composées et chantées par Rachid Mesbahi. Après quoi, ce dernier, sous les youyous et les applaudissements, est monté une seconde fois sur scène pour chanter cette fois-ci. Accompagné d’un orchestre professionnel et d’une belle chorale composée de trois jeunes filles aux voix angéliques, Rachid Mesbahi a fait voyager l’assistance dans le temps et l’espace. Ses plus belles chansons ont été de la partie, mais par intermittence, cette vedette a interprété une ou plusieurs chansons d’artistes mythiques avec lesquels il a travaillé pendant des années et partagé des moments d’amitiés inoubliables.

Des chanteurs légendaires comme Dahmane El Harrachi, Slimane Azem, El Hasnaoui, Matoub Lounès et Akli Yahiatène. Lors de cette soirée d’hommage, Rachid Mesbahi a interprété six chansons de Dahmane El Harrachi, en maniant sa voix de telle sorte que la ressemblance soit frappante. Rachid Mesbahi, en prenant la parole entre deux chansons, n’a pas oublié de rappeler à quel point il adule l’artiste Dahmane El Harrachi, avec lequel il a travaillé pendant longtemps dans le même orchestre. «El Bahdja», «Ya rayah» et tant d’autres succès de Dahmane El Harrachi ont été revisités par Rachid Mesbahi qui a également chanté deux chansons de Slimane Azem et l’éternelle «Sani sani atruhed» d’El Hasnaoui. Avant que le public n’insiste longuement pour que Rachid Mesbahi interprète une chanson de Matoub Lounès. Quand il entend le nom du Rebelle, Rachid Mesbahi est gagné par l’émotion. Il ne sait quoi répondre. Après quelques secondes de silence, il répond à plusieurs jeunes qui scandaient le nom de Matoub Lounès:
«Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais ramené Matoub Lounès lui-même ici pour qu’il vous chante en personne. Nous aimons tous Matoub bien qu’il soit décédé.» «Non, il n’est pas mort», répliquent en choeur et spontanément les spectateurs. Rachid Mesbahi interprète alors à sa manière et avec son cachet particulier la chanson de Lounès, «Slaâvits ayavahri». La salle s’enflamme. Pour rappel, Rachid Mesbahi a participé, en tant que musicien dans de nombreux albums enregistrés par Matoub Lounès. On retrouve sa touche inimitable au mandole, particulièrement dans les albums chaâbi, de Matoub, en 1991 intitulés «Izriw» et «Regard sur l’histoire d’un pays damné». La soirée dédiée à Rachid Mesbahi s’est poursuivie ainsi jusqu’à 1 heure du matin. Celui-ci a bien sûr interprété ses meilleures chanson comme: «Ayemma aâzizen», «Ayafroukh huz afriwen», «Asa fellak dh assaâdi»… L’un des moments les plus forts de cette soirée a été celui où Rachid Mesbahi a interprété en duo avec sa petite-fille l’un de ses plus célèbres titres:
«Dhkem idelaâmriw.» Des cadeaux ont été remis à Rachid Mesbahi par les organisateurs avant que le rideau ne tombe sur cette émouvante soirée où la ville de Tizi Ouzou, qui a aussi donné d’autres artistes de renom dont Sami El Djazairi. Il y a lieu de rappeler que Rachid Mesbahi est né durant la Seconde Guerre mondiale en 1942, au quartier appelé communément la haute ville de Tizi Ouzou, précisément au lieudit Houmt El Djemaâ. Très jeune, Rachid Mesbahi faisait de petits métiers dont celui de cireur dans les rues et les venelles de la ville pour aider un tant soit peu son père, afin de subvenir aux besoins de la famille, sans pour autant négliger sa véritable passion qu’était la musique où chaque soir, il grattait les cordes d’une guitare de fortune fabriquée à partir d’une boîte de lubrifiant en métal et d’un manche en bois. Avec le temps, Rachid Mesbahi a fini par manier aisément presque tous les instruments de musique pour devenir par la suite un virtuose du mandole. Adolescent, il quitta définitivement son pays afin de s’installer à Paris pour enfin devenir un musicien incontournable pour tous les interprètes de la chanson algérienne dans l’Hexagone.
Le mandole fut et restera toujours son instrument de prédilection afin d’accompagner des sommités du chaâbi et de la chanson kabyle, à l’image de Dahmane El Harrachi, Matoub Lounès, Akli Yahiatène, Allaoua Zerrouki et tant d’autres. Entre-temps il compose et interprète ses propres oeuvres qui resteront gravées dans les annales de la chanson kabyle.

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