« Plusieurs zones du monde vont devenir inhabitables » : Irma, illustration de la crise des réfugiés climatiques

12 Sep , 2017 à 13:20  

Le phénomène des réfugiés climatiques prend de l’ampleur, selon le chercheur François Gemenne. Celui-ci estime qu’il faudra à l’avenir « faire le deuil » de certaines surfaces de la planète.

Par centaines, ils fuient Saint-Martin. Quelques jours après le passage de l’ouragan Irma, le ballet des appareils effectuant un pont aérien entre l’île ravagée et Pointe-à-Pitre est ininterrompu. Une évacuation massive qui, pour certains habitants, devrait être synonyme d’aller simple. Car ils ont tout perdu après le passage de l’ouragan Irma, mais aussi car cette région du monde est de plus en plus souvent soumise aux aléas du climat. La France est-elle confrontée à son premier exil lié au changement climatique ? LCI a posé la question à François Gemenne, chercheur en science politique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et spécialiste des flux migratoire.

LCI : Les mouvements migratoires à cause du climat sont souvent présentés comme l’un des défis de ces prochaines décennies. Mais la situation dans les Antilles n’est-elle pas la preuve d’un problème qui se pose dès aujourd’hui ?

François Gemenne : On a toujours tendance à considérer ce sujet comme un enjeu lointain, qu’on pourra peut-être éviter. Sauf que c’est déjà une réalité pour des millions de gens. Chaque année, 25 millions de personnes sont, en moyenne, déplacées par des catastrophes. Et 86% de ces catastrophes sont climatiques : inondations, ouragans, sécheresses… L’année 2017 devrait s’achever sur un record. Pour rappel, le précédent remonte à 2010, avec 41 millions de personnes déplacées.

LCI : Les conflits et les raisons économiques sont des causes souvent invoquées pour expliquer ces flux migratoires. Sauf qu’ils seraient la plupart du temps liés à des facteurs écologiques ?

François Gemenne : Les catastrophes naturelles déplacent trois fois plus de personnes que les guerres et les conflits. Mais ces migrations sont assez différentes : ils se déroulent la plupart du temps à l’intérieur d’un pays, sur des distances courtes, et parfois étalées dans le temps. C’est pourquoi ils sont moins médiatisés.

LCI : Est-ce la première fois que France est concernée par cette question d’éventuels réfugiés climatiques ?

François Gemenne : Ce n’est pas une première. Il y a eu la tempête Xynthia, mais aussi des déplacements de populations en Polynésie française. Mais de cette ampleur, c’est en effet une première.

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