Parution du “petit garçon de la rue de Chellata” aux éditions l’odyssée: Nadir Aït Ouali, l’héritier de Feraoun et de Dib ?

9 Jan , 2019 à 11:33  

Dans ce roman, on trouve des tableaux presque parfaits de ce qu’était la société kabyle de l’époque, dont certains stigmates subsistent encore, nonobstant le poids des générations.

Elle s’appelle Zina. Et c’est elle qui fait la pluie et le beau temps dans Le petit garçon de la rue de Chellata, un roman de Nadir Aït Ouali, paru aux éditions L’Odyssée. Zina “régissait les relations du couple Smaïl et Djohra et régulait jusqu’à l’amour” que cet homme portait pour sa femme, “malgré son attitude attentionnée, elle éprouvait un peu de mépris pour Djohra”, elle “n’avait de l’indulgence que pour sa propre personne et s’il lui arrivait de s’évader en de très rares occasions, c’était pour mieux s’enfermer ensuite dans un silence oppressant, que nul ne pouvait envisager”. Djohra était mise à l’écart dans la famille et mangeait seule, comme une pestiférée.

“Cela relevait assurément de la volonté de Zina” qui, par-dessus tout, va jusqu’à gérer même l’espace vital du couple. Zina était d’une beauté cruelle qui a fait fondre nombre de cœurs, quand bien même ceux-ci seraient logés dans des colosses les plus insensibles et inflexibles. Paradoxalement, Zina, malgré toute sa rancœur, adorait ses neveux. Mais son amour était assujetti à une condition incontournable : ils devaient se détacher de leur mère dès leur sevrage. Elle avait de l’influence sur ses parents, à tel point que ces derniers vont jusqu’à empoisonner la vie de leur fils Smaïl, se mettant à lui dessiner un portrait méconnaissable de sa femme, sous l’instigation directe de Zina.

Cette femme complexe, impitoyable, brutale, sensuelle, ravissante, sensible et fascinante était la tante du Petit garçon de la rue de Chellata. L’histoire se déroulait dans la petite ville d’Akbou, dans la vallée de la Soummam, du temps où Smaïl était khodja à la sous-préfecture d’Akbou. Il avait 38 ans. Il avait une petite santé ; l’état précaire de ses poumons était aggravé par l’alcool et le tabac. Smaïl avait interrompu prématurément ses études à l’âge de 18 ans pour occuper tour à tour les fonctions de greffier de justice, puis d’officier d’état civil. Ses attributions avaient permis à bon nombre d’hommes, rongés par la pauvreté et la privation, de bénéficier d’une fausse identité pour finir en métropole et échapper, pour la plupart, “à la torture et à une mort certaine”.

Cette histoire, qui remonte au temps où les montagnes de Kabylie étaient bombardées continuellement par l’armée française, fait défiler les pages d’une ère à la fois tragique et pénible d’une Algérie assiégée, où la mort côtoyait la misère et la détresse au quotidien. Dans cette Petite Kabylie où la société était consumée à la fois par la privation, par ses complexes et par ses obsessions, la vie ne ressemblait point à ce fleuve tranquille où le rêve tanguait sans chavirer. Nadir Aït Ouali, qui vit dans cette ville d’Akbou, où il exerce son métier de médecin, revisite cette séquence de l’histoire à travers les yeux du Petit garçon de la rue de Chellata, la plus prestigieuse ruelle du vieil Akbou.

On y voit des scènes de vie quotidienne de villageois terriblement démunis, dont le seul objectif était d’émigrer en métropole pour travailler dans les mines de charbon et/ou dans les fabriques de voitures. “Les épouses étaient tenues d’accepter sans états d’âme leur sort et la double vie de leurs maris.” Dans Le petit garçon de la rue de Chellata, de Nadir Aït Ouali, on trouve des tableaux presque parfaits de ce qu’était la société kabyle de l’époque, dont certains stigmates subsistent encore, nonobstant le poids des générations. Dans son écrit, on retrouve certains arômes que ceux que l’on retrouve chez Feraoun et Dib. Un beau mélange qui fait du Petit garçon de la rue de Chellata un écrit à la fois passionnant et émouvant.

Ali Titouche

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