Mohamed Badaoui: « l’écriture poétique est un mystère difficilement déchiffrable »

10 Juil , 2018 à 0:57  

ALGER – L’écriture poétique est un mystère difficilement déchiffrable, estime l’écrivain Mohamed Badaoui, interrogé par l’APS à l’occasion de la parution de son nouveau livre « Schiste et Mica » aux éditions Hélium. Pour l’auteur, la vie, sans art ni création, semble lourde et sans charme.

Q: « Schiste et Mica », un livre qui rassemble prose, poésie et peintures sous un titre qui suscite un peu l’intrigue. Expliquez nous.

R: « L’idée de réunir un écrivain et un plasticien vient d’Omar Méziani, l’éditeur qui est lui-même artiste. Les démarches des deux sont indépendantes mais peuvent mutuellement se féconder. Quant au texte, il est inexplicable même pour son auteur. L’écriture poétique est un mystère difficilement déchiffrable. Elle provient de couches profondes, pour ne pas dire abyssales, d’où émane un son qu’il ne faut surtout pas retenir ou orienter. Il en va ainsi pour le titre. Schiste et Mica s’est imposé à moi en quelques secondes. Il résonne, cela dit, à la même fréquence que la musique rocailleuse, minérale que j’entendais monter de la Terre lorsque j’écrivais. Evidemment, il ne s’agit pas d’un essai ou même d’un roman mais une radiation qui m’a traversé et dont j’ai gardé le souvenir sous forme de mots. Je dois cependant préciser que les deux premiers fragments ont été écrits en 2016. Le dernier, intitulé « Séisme », a été composé, quant à lui, une vingtaine d’années plus tôt ».

Q: Après un recueil de nouvelles, l’écriture et la mise en scène de deux pièces de théâtre, un livre-audio pour enfants, une série de pièces dramatiques radiophoniques et une exposition au MAMA, vous voilà aujourd’hui dans la poésie. Parlez-nous de cette diversité d’expression.

R: « Je me sens comme un enfant qui aime jouer avec tout ce qui lui tombe sous la main. Dans mon coin, je construis de petits univers avec les matériaux du moment puis je les partage. Sans art, sans création, la vie me semble lourde et sans charme. Nous naissons, nous mourrons et entre temps nous obéissons par peur du châtiment ou par peur de perdre ce que nous possédons. A trop prendre la banalité au sérieux, nous passons à côté de l’étrangeté du monde. C’est ma philosophie et mon carburant ».

Q: Quel regard portez vous sur le monde littéraire en Algérie et de l’écriture journalistique d’aujourd’hui, vous qui exercez le métier de journaliste depuis ses années de gloire?

R: « La société algérienne se cherche. Tout ce qu’elle produit lui ressemble. Il existe certes des individualités peu nombreuses qui sèment les graines d’un nouveau monde. Toutefois, en tant que communauté, nous demeurons, pour l’instant, assez éloignés de la marche du monde. Cela dit, l’évolution est inscrite dans l’ADN humain. Elle prendra du temps mais finira par arriver. Quant au passé, il faut le méditer, s’en inspirer et non le copier indéfiniment. Il est en effet risqué d’avancer en gardant les yeux constamment rivés sur le rétroviseur ».

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