Médecins résidents: Pressions et menaces, la crise perdure

5 Juin , 2018 à 15:43  

Par Yazid Alilat,

Médecins résidents: Pressions et menaces, la crise perdure

Hier lundi, le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) a confirmé qu’il maintenait dans l’ensemble la pression contre le ministère en poursuivant la grève, le gel des gardes et le service minimum, après que la proposition de reprise des gardes, qui devait entrer en vigueur dimanche 3 juin, eut été ignorée par la tutelle.

Pourtant le Camra, comme nous l’a confirmé un de ses membres hier lundi, avait beaucoup espéré que le ministère réponde à cette «offre». «Non, nous n’avons pas été contactés » par le ministère, nous a confirmé un membre du Camra du CHU Lamine Debaghine de BEO (Alger), qui a tenu à garder l’anonymat.        «Nous, on attendait une réaction du ministère après la dernière proposition, mais pour le moment, il n’y a rien», ajoute-t-il. Résultat: «On maintient donc nos revendications, la suspension des gardes et du service minimum, et des mesures de durcissement seraient envisagées pour qu’il y ait une ouverture et la reprise du dialogue», explique au Quotidien d’Oran la même source, qui précise que «bien sûr, nous restons ouverts au dialogue». Le Camra avait, le 26 mai dernier dans un communiqué daté de Constantine, fait une proposition au ministère, qui consiste en la reprise des gardes à partir du 3 juin contre la reprise de «négociations fructueuses avant cette date». Le collectif a affirmé donner la priorité à «l’esprit du dialogue qui permettrait une issue favorable à cette situation de grève. Nous réaffirmons notre disponibilité à des négociations concrètes dans le cadre d’un dialogue sincère avec le ministère de la Santé ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur pour une solution satisfaisante de ce conflit», explique le Camra dans son communiqué, affirmant même qu’il est disposé à aller vers la fin de la grève «en cas de propositions satisfaisantes». Mais le ministre de la Santé, le Pr. Mokhtar Hasbellaoui, a affirmé à la sortie d’une séance plénière consacrée à la présentation du projet de loi sur la santé devant le Conseil de la Nation que «je ne suis au courant de rien. Je suis coupé du monde». Hélas, il n’y a rien eu, et le Collectif s’est retrouvé à la case départ. Entre-temps, le Premier ministre a tenu le 30 mai dernier une réunion interministérielle avec ses ministres de la Santé, de l’Enseignement supérieur et celui du Travail, centrée sur le dossier des médecins résidents. Des espoirs avaient été formulés quant à une issue positive de cette rencontre, nous avait annoncé Nabil Kellal, médecin résident du CHU Hassiba Ben Bouali de Blida, car cette réunion devait trouver des solutions définitives au conflit.

Silence, menaces et intimidations

«On espérait des solutions», nous avait indiqué ce résident en pédiatrie du CHU Hassiba Ben Bouali de Blida. Mais il n’y a rien eu de concret, et aucune annonce n’a suivi cette réunion interministérielle sur laquelle les médecins résidents avaient placé beaucoup d’espoir. Bien au contraire, «pour le moment, il n’y a aucun contact avec le ministère», précise de son côté la même source au CHU de Bab El Oued, qui a cependant fait état de «menaces contre les résidents de la part des chefs de service». «Les menaces contre les médecins résidents grévistes pleuvent de la part des chefs de service», précise-t-il, et selon lui, «beaucoup de chefs de service font une énorme pression et multiplient les menaces contre les résidents. Et cela est valable sur tout le territoire national», souligne-t-il, avant d’affirmer que «la grève est maintenue». Certes, reconnaît la même source, «il y a des résidents qui ont repris le travail, mais sous la menace. Selon un décompte, car nous suivons la situation d’heure en heure, la grève est observée à 90% dans la wilaya d’Alger». Le même membre du Camra estime que «les menaces contre les résidents sont sérieuses, avec des avis d’exclusion des examens et même d’arrêt de travail, comme dans le service ORL du CHU de BEO, l’ancien service du ministre de la Santé». Tout porte à croire que la situation s’est davantage compliquée, après presque sept mois de grève et de négociations en queue de poisson entre les deux parties. Pourtant, dans son communiqué daté du 26 mai, le Camra avait ouvert la porte de sortie et offert à tous une sortie honorable avec l’organisation de négociations concrètes avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur en vue de trouver des solutions «satisfaisantes». La réunion interministérielle du 30 mai, quatre jours après ce communiqué, semble avoir opté pour une démarche autre que celle attendue par les résidents. Dès lors, il n’est pas impossible que les grévistes aillent encore un peu plus loin avec des solutions extrêmes, dont une démission collective, annoncée à plusieurs reprises par le Camra. C’est ce que certains membres du Collectif désignent par un «durcissement du mouvement». Pour l’heure, il y a beaucoup d’amertume dans les rangs du Camra, qui dénonce en même temps «une campagne d’intimidations et de menaces» contre les jeunes résidents, dont certains ont été obligés de reprendre le service. Avec ce «silence radio» entre les deux parties, beaucoup au sein du Collectif ne désespèrent pas d’une intervention salutaire du président Bouteflika, destinataire d’une lettre du Collectif le vendredi 18 mai dernier. «Votre intervention, M. le président, est la seule garantie pour mettre fin à ce scandale qui n’honore guère l’Algérie», indique la lettre qui évoque «une terrible pression», «un chantage et mesures arbitraires» et que l’administration et la tutelle «cherchent à vider nos revendications et les détourner», qui ont conduit à l’impasse et mené le secteur au «pourrissement et à la paralysie».

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