Le Café Roumana et le Ferrane de R’hiba, deux sites à préserver à Tlemcen

26 Juin , 2017 à 16:15  

Le café Roumana et le « Ferrane », vieux four banal artisanal du vieux quartier populaire de R’hiba, situés au centre-ville de Tlemcen nécessitent des actions de sauvegarde eu égard à la place qu’ils occupent dans la mémoire collective des habitants de la cité.

Ces espaces, au passé séculaire, marquent, par leur importance, l’histoire de la ville, notamment au plan socio-économique et d’échanges. Ainsi, le café Roumana qui tient son appellation du grenadier qui se dresse en son centre recèle un passé très riche en événements.

La légende attribue dix siècles d’âge à cet arbre, selon les conclusions du Chantier international sur le patrimoine urbain et immatériel de Tlemcen (CIPAT), initié par l’université de Tlemcen.

Autrefois, Foundok, lieu d’hébergement et d’accueil, le café Roumana a été construit au 12ème siècle par les andalous devant se rendre à la Mecque pour effectuer le pélerinage. Il a servi également au négoce des peaux et cuirs, puis du café, avant de devenir un café durant la colonisation.

Appelé, auparavant, café maure, cet endroit s’est caractérisé par la préparation du café et du thé aux goûts succulents et très prisés par les clients, surtout les habitués, venant parfois de loin.

Sa fermeture, il y a quelques années, a provoqué des « pincements au coeur » et suscité énormément de regrets chez les habitués des lieux qui ne pouvaient plus compter sur les moments de répit et de joie qu’il leur procurait. Le goût de son thé est irremplaçable, sa préparation obéissant à un véritable rituel, se rappelle nostalgique un de ses anciens clients.

Le site est utilisé, aujourd’hui, comme lieu de stockage par les commerçants de la Kaissaria , un espace commercial tout proche.

Situé en plein coeur de la médina, ce café a été un lieu de rendez-vous et de contact pour les moudjahidine pendant la guerre de libération nationale, rappelle-t-on.

Endroit chargé d’histoire, le café Roumana doit recouvrer son caractère d’espace de sociabilité, estiment les connaisseurs.

Le Ferrane se meurt

Tout aussi important, le Ferrane, ou four banal, de R’hiba ne survit, aujourd’hui, que grâce aux propriétaires de kiosques qui font cuire sur place la chamia, une pâtisserie de semoule très prisée durant le mois de ramadhan, et font griller les cacahuètes et autres fruits secs.

Son activité principale, la cuisson de pains que ramenaient les habitants du quartier a été reléguée aux calendes grecques.

Les temps ont changé, tout comme les habitudes d’ailleurs : on ne fabrique plus le pain à la maison, on l’achète désormais chez le boulanger ou les commerçants du coin.

Les habitants du quartier n’utilisent ce four banal qu’épisodiquement, soit pour la cuisson des gâteaux de l’Aid El Fitr et la viande pendant l’Aid El Adha.

Situé sur la place centrale du quartier appelée Tahtaha, un espace public de Rhiba, ce four a pourtant rendu d’énormes services à ses habitants. Des pains aux multiples diamètres, formes et saveurs, ont été cuits en ce lieu, donnant un goût parfait à cet aliment de base, incontournable sur la table algérienne.

En dépit de cet abandon, il continue de fonctionner au bois pour ses rares clients, dont ceux qui continuent à privilégier le pain cuit au four. « En petit nombre, ces derniers m’encouragent dans la poursuite de ma tâche  »  indique le patron du four.

La sauvegarde de cet endroit semble problématique tant son emplacement et son activité paraissent compromis. En effet, le four se retrouve, aujourd’hui, dans un site encombré de bus, de véhicules et de taxis clandestins. Cette place est occupée, également, par des commerçants ambulants, faisant perdre au four son rôle.

L’approfondissement de l’enquête de voisinage du Ferrane pour envisager une réaffectation de cet espace a été, également, sollicitée par le CIPAT.

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