La commission mise en place par le président Caid Essebsi a tranché: De vastes réformes sociétales alarment les Tunisiens

21 Juin , 2018 à 14:36  

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Pour l’instant, il n’y a aucun calendrier relatif à une mise en oeuvre des dispositions du rapport et les membres de la commission s’en remettent, dans une belle unanimité, au bon vouloir du président Béji Caïd Essebsi. On sait que celui-ci avait déjà secoué le cocotier…

Mise en place au mois d’août 2017 par le chef de l’Etat tunisien, le président Béji Caïd Essebsi, la «Commission des libertés individuelles et de l’égalité» (Colibe), composée d’un panel d’experts issus de la société civile autant que des formations politiques majeures, avait pour tâche de réfléchir aux mesures de nature à transformer davantage la société tunisienne en matière de libertés et de droits nouveaux.
En proposant hier une plate-forme audacieuse qui concerne des réformes d’autant plus spectaculaires qu’elles sont inédites dans le monde arabe en général, cette commission qui s’est penchée sur l’égalité dans l’héritage ou la dépénalisation de l’homosexualité, va nécessairement déclencher des débats de fond, dans un contexte politique tendu.
Le président Béji Caïd Essebsi avait sans doute l’intention de recourir à ces réformes pour mettre l’arsenal juridique en conformité avec la Constitution de 2014. Mais le fait est que le 8 juin dernier, la Colibe lui a remis un rapport de 230 pages de propositions diverses dont certaines vont jusqu’à remettre en cause des principes inspirés du Coran. Si ces «réflexions» ont été saluées par les organisations de défense des droits de l’homme, particulièrement enthousiastes sur la question, elles ont également suscité la colère de la fédération des associations religieuses qui y voient, ni plus ni moins, qu’un «terrorisme intellectuel»! C’est ce qui explique l’appréhension observée dans les milieux politiques, aussi bien du côté du pouvoir que de l’opposition, compte tenu du contexte socio-économique fragile et des nombreuses tentatives d’instrumentalisation qu’ils disent craindre pour des «raisons objectives».
Pour les membres de la commission et plus particulièrement sa présidente, Mme Bouchra Belhadj-Hmida, qui s’est exprimée hier à la faveur d’une conférence de presse consacrée à la présentation du rapport, il s’agit simplement d’un «projet révolutionnaire qui appartient maintenant à tous les Tunisiens». Elle en a ainsi justifié le caractère avant-gardiste en invoquant l’ambition d’offrir «un bien-être à chaque individu», partant du fait que «la liberté est aussi importante que le pain».
Même si elle a appelé de ses voeux un large débat incluant des sociologues, des politologues, des théologiens et des psychologues, on ne saurait nier une circonspection qui règne dans les travées de l’Assemblée des représentants du peuple (ARPT) et d’íci le 13 août prochain, date de la célébration de la Journée nationale de la Femme tunisienne, nul doute que beaucoup d’encre et de salive auront coulé dans tous les sens!
Pour l’instant, il n’y a aucun calendrier relatif à une mise en oeuvre des dispositions du rapport et les membres de la commission s’en remettent, dans une belle unanimité, au bon vouloir du président Béji Caïd Essebsi. On sait que celui-ci avait déjà secoué le cocotier, plusieurs mois auparavant, en proposant l’égalité homme-femme devant l’héritage, par exemple, et ne serait-ce que pour cette démarche plutôt hardie, on peut penser qu’il ira dans le sens d’une révolution douce des mentalités et des moeurs tunisiennes.
La porte-parole de la présidence de la République, Saïda Garrach, en a d’ailleurs donné le signe avant-coureur quand elle a appelé à un «débat calme, non-chaotique et sans colère». Sur des thèmes comme le délai de viduité (imposé aux femmes divorcées ou veuves avant un remariage), l’abolition totale de la peine de mort ou la dépénalisation de l’homosexualité, comme sur la ligne rouge dans la majorité des pays musulmans en ce qui concerne l’héritage, nul doute que les adversaires du projet auront beau jeu de reprocher au président Béji Caïd Essebsi une volonté d’apposer son sceau dans l’histoire du pays, à l’image de son auguste modèle Habib Bourguiba. Seulement, la conjoncture a beaucoup évolué, depuis, et le vent qui souffle sur la région n’a plus rien de révolutionnaire!

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