Il y a six ans le président Ahmed Ben Bella nous a quittés : Un « monument de l’Histoire » s’en est allé

12 Avr , 2018 à 11:03  

Dossier réalisé par : Saïd B.
Il y a six ans jour pour jour, soit le 11 avril 2012, le premier président de la République algérienne démocratique et populaire, Ahmed Ben Bella , est décédé à son domicile à Alger, à l’âge de 96 ans.
Ahmed  Ben Bella qui a été le premier président de l’Algérie indépendante figure parmi les grands hommes de l’Algérie et est l’un des dirigeants les plus illustres de la révolution algérienne.
Le défunt était membre du groupe des 22 qui a déclenché la guerre de libération. Il a été arrêté le 22 octobre 1956 avec cinq de ses compagnons et détenu en France.
Parcours d’un militant hors pair
Né le 25 décembre 1916 à Maghnia (Tlemcen), Ahmed Ben Bella  figurait parmi les neuf chefs historiques de la Révolution du 1er novembre 1954. D’ailleurs c’est lui qui a annoncé au monde, à travers les ondes de la radio du Caire, le début de l’insurrection contre le colonialisme français.
Ahmed Ben Bella a donc eu le mérite d’inscrire son nom parmi les figures emblématiques de la guerre de libération nationale en étant cet homme au nationalisme inébranlable qui, de par son combat et engagement  à aider avec d’autres compagnons d’armes, à libérer le pays du joug colonial.
Il avait à peine 30 ans lorsqu’il avait  rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), suite aux massacres du 8 mai 1945 de la population algérienne par les forces coloniales française. Par la suite, Ben Bella rejoint le Mouvement pour le triomphe des libertés et de la démocratie (MTLD).
Il était membre de la direction nationale de l’Organisation Spéciale (OS) en charge de l’Oranie, avant de devenir premier dirigeant de cette structure politico-militaire qui comptait dans ses rangs les noms les plus prestigieux du mouvement indépendantiste, à savoir Mohamed Boudiaf, Hocine Ait Ahmed, Mohamed Belouizdad, Mostefa Benboulaid, Didouche Mourad et Larbi Ben M’hidi, entre autres.
Né le 25 décembre 1916 à Maghnia, dans une famille d’agriculteurs modestes originaire de Marrakech, Ben Bella a fait l’école secondaire de Tlemcen, études qu’il ne poursuivra pas jusqu’au bout. Ce passionné de football – il a joué dans l’équipe de Maghnia mais également à l’Olympique de Marseille pour la saison 1939-40 – faisait partie, en tant qu’adjudant, de ceux qui menèrent la célèbre et dure bataille de Monte Cassino (Italie) en 1944. Comme pour beaucoup d’hommes de sa génération, les massacres du 8 mai 1945 ont constitué un tournant décisif vers la radicalisation nationaliste. Il est en 1945 responsable de la section locale (Maghnia) du PPA et il est élu conseiller municipal. Il participe, avec Hocine Aït Ahmed, alors responsable de l’OS, Organisation secrète, à la fameuse attaque contre la poste d’Oran pour financer l’organisation. Il remplacera Hocine Aït Ahmed à la tête de l’OS en 1949.
Quand l’Organisation secrète fut découverte en 1950, il en est toujours le dirigeant. Arrêté, Ahmed Ben Bella a été condamné à 7 ans de prison mais réussit à s’évader de la prison de Blida en mars 1952. Il rejoint la délégation extérieure du PPA-MTLD au Caire. Il fait partie des historiques qui ont décidé du déclenchement de la guerre de libération le 1er novembre 1954. Il est arrêté le 22 octobre 1956 avec d’autres dirigeants du FLN (Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf) dans le premier détournement d’avion de l’histoire commis par l’armée coloniale le 22 octobre 1956.
Ministre d’Etat et Premier vice-président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) jusqu’à l’indépendance de l’Algérie (alors qu’il était détenu dans les geôles françaises depuis le détournement de l’avion qui le transportait en compagnie de Hocine Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf à l’automne 1956). Il était devenu le premier chef du gouvernement algérien de l’Algérie indépendante en septembre 1962 avant d’être élu, en septembre 1963, président de la République.
Destitué le 19 juin 1965, Ahmed Ben Bella est resté en résidence surveillée jusqu’à juillet 1979. Il fut assigné, par la suite, à résidence à M’sila (est d’Alger) avant d’être libéré en octobre 1980.
Ironie du sort, il fonde ensuite, en France, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) avant de rentrer définitivement en Algérie le 29 septembre 1990.
A l’arrivée au pouvoir du président  Bouteflika en 1999, il lui exprime son soutien. Il le restera jusqu’au bout estimant que le président réalise effectivement l’objectif de réconciliation nationale.
Infatigable défendeur de la paix, Ahmed Ben Bellaa occupé de 2007 jusqu’à sa mort, le poste de président du groupe des Sages de l’Union africaine (UA).
Il a été également auteur, entre autres, de « L’islam et la révolution algérienne » et « La filiation maudite ».
Son amour à sa famille et à son pays, son  soutien absolu, sa contribution spontanée à l’œuvre libératrice de tous les  peuples opprimés à travers le monde, et son grand humanisme,  émanent de sa conviction que l’Homme a vocation à vivre dans la paix et la quiétude.
Une telle profession de foi démontre la grandeur d’âme de ce  » géant « , qui a affronté avec stoïcisme les injustices et autres vilénies qu’il subira :  » Si j’ai commis  des erreurs, j’ai suffisamment expié. Si je suis victime, je pardonne « , disait-il, en ne manifestant ni rancœur, ni amertume et qui laisse par ailleurs  le souvenir impérissable de l’époux aimant, du  nationaliste intègre, du combattant engagé et du dirigeant charismatique qui a consacré sa vie à sa patrie, l’Algérie,  à l’Afrique et à toutes les causes justes de par le monde.
 » Un des sages dirigeants de l’Afrique  » dira Bouteflika à sa mort
Le premier président de l’Algérie indépendante, membre fondateur du FLN et militant révolutionnaire et des droits de l’homme, s’est éteint paisiblement à son domicile à Alger, le 11 avril 2012, à 96 ans.
Suite à la triste nouvelle, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, avait alors décrété un deuil national de huit jours et déploré, dans un message de condoléances adressé à la famille du défunt, la perte d’un des grands hommes de l’Algérie et des sages dirigeants africains. « Les grands hommes nous quittent mais leur souvenir demeure éternel.
L’un des plus éminents dirigeants de l’Etat algérien moderne et un des sages dirigeants africains, le président moudjahid Ahmed Ben Bella nous a quittés aujourd’hui, puisse Dieu Le Tout puissant l’accueillir en Son vaste paradis aux côtés de ceux qu’Il a comblés de Ses bienfaits et entourés de Sa grâce éternelle », avait écrit le président Bouteflika dans son message.
Les titres de la presse nationale et même certains de la presse internationale du 12 avril 2012 avaient rendu un hommage au défunt président, en le qualifiant de « monument de l’histoire » et d' »homme d’une grande expérience politique ».
L’ensemble des journaux lui ont réservé des pages entières pour rappeler son parcours militant, et surtout, dresser des portraits de ce moudjahid et grand homme politique, en mettant en exergue son militantisme et son combat pour l’indépendance de l’Algérie.
L’hommage de Benkirane à son ami Ahmed Ben Bella
Lors d’un hommage qu’il a rendu à son ami Ahmed Ben Bella, Réda Benkirane (sociologue, docteur en philosophie et consultant international à Genève) qui l’a bien connu, a retracé son parcours d’homme révolté, qui fut deux ans et demi au pouvoir et passa 23 ans en prison. En voici un extrait :
 » …Celui qui avait traversé tout le XXe siècle, combattu lors de la Seconde Guerre mondiale, déclenché la lutte armée du 1er novembre 1954, enduré la prison et l’exil, n’a pas survécu plus de deux ans au décès de son épouse Zohra Sellami. Il l’avait épousée en captivité après le coup d’Etat à la suite duquel il fut mis au secret quinze années durant.
Pour « Si Ahmed », l’amitié, la fraternité et l’engagement comptaient par-dessus tout. Adhérant dès 1937 au Parti du peuple algérien (PPA), lui qui n’avait jamais cessé d’affronter la violence coloniale, le combat contre le nazisme et l’anti-impérialisme, les luttes fratricides et les trahisons, n’était animé ni par la rancœur ni par l’amertume: il avait cette baraka. Tous ceux qui, en Suisse notamment, le connurent savent ce qu’il a représenté comme force et joie de vivre, comme courage et intelligence politiques. Ils savent l’humanité dont Si Ahmed était porteur.
J’ai passé près de quinze ans à l’ombre de ce monument de l’Histoire et j’ai été aussi son proche compagnon lors de moments difficiles d’exil et d’isolement. Il fut mon mentor. Tout au long des années 1980, avec Si Ahmed, la jeunesse fut exaltante: il y eut des rencontres extraordinaires avec des personnages tels que Pablo (Michel Raptis), Ali Mécili, Georges Habbache et tant d’autres. Et je ne compte pas tout ce que le monde arabe, l’Afrique et l’Amérique latine avaient comme représentants de mouvements révolutionnaires, progressistes, religieux, humanitaires qui le rencontraient, travaillaient avec lui et qu’il aidait toujours, du mieux qu’il pouvait. Il était l’homme du don et de l’échange. Et de la parole donnée.
Dès 1962, il fit d’Alger la capitale de tous les révoltés et autres indignés de la planète. Même Nelson Mandela y avait suivi un entraînement militaire en 1962, à Maghnia, le village natal de Si Ahmed. Dans les années 1940, Ben Bella et ses frères d’armes contribuèrent à libérer la France et l’Italie: Si Ahmed se distingua et fut décoré pour faits exceptionnels de guerre lors de deux batailles, à Marseille en 1940 et à Monte Cassino en 1944 (alors que deux de ses frères moururent en 1914-1918 pour la France). Puis dans les années 1950, lui et ses compagnons contribuèrent à libérer l’Algérie, en représentant ainsi des pays du Sud dont il se pourrait bien qu’ils constituent au XXIe siècle l’avenir de l’humanité. Libéré en 1980 après la mort du colonel Houari Boumediene, Ben Bella prit le chemin de l’exil et de l’opposition. Accueilli en Suisse.
… Vint alors très vite le temps de l’ouverture démocratique (1988-1991), puis celui de la prépondérance des islamistes du FIS (Front islamique du salut), du coup d’Etat de janvier 1992 et de la guerre civile qui s’ensuivit. Rentré en 1990 à Alger, Ben Bella reprit le chemin de l’exil en Suisse et ne cessa de plaider pour une réconciliation nationale – incluant les élus du FIS – politiquement consacrée par les accords de la plateforme de Rome signés sous les auspices de la Communauté de Sant’Egidio de Rome (janvier 1995).
Au cours des années 2000, après la fin de la décennie sanglante, Ben Bella fut réhabilité par le régime algérien. Ses obsèques auront été l’occasion pour les Algériens de découvrir des archives filmées inédites du temps de sa présidence – qui avait toujours fait l’objet d’un déni historique. Cette dimension solennelle et nationale est une manière de réunir les Algériens à l’approche du cinquantenaire de l’indépendance. Cette commémoration autour de sa disparition pourrait être l’occasion d’ouvrir la voie à une réinterprétation de l’histoire de la révolution algérienne… « .
Message de Sadek Hadjerès (premier secrétaire du PAGS) :
A la mort d’Ahmed Ben Bella,SadekHadjerès, premier secrétaire du PAGS de 1966 à 1990, a écrit le message suivant :
 » Suivant le cours irréversible de la Vie, disparaît aujourd’hui l’un des acteurs historiques de ma génération, ceux qui avaient engagé et guidé le combat héroïque et massif de tout un peuple en levant le drapeau de l’indépendance. Ahmed Ben Bella a représenté longtemps, pour de larges secteurs des opinions nationale et mondiale, un des leaders et un symbole – contesté mais réel – des aspirations et des luttes algériennes pour la liberté et la justice sociale. Son parcours et ses positions patriotiques et idéologiques, quelquefois déconcertantes, ont porté l’empreinte des conditions complexes, contradictoires et tourmentées qui ont marqué notre pays, sa société et son environnement international. L’interdiction du Parti Communiste Algérien dès novembre 1962, prélude à d’autres malfaisances du parti unique, a été un des premiers coups portés à la Nation et aux fruits de l’indépendance. Avec la disparition du premier président de la République algérienne libérée en 1962 des formes les plus barbares du joug colonial, l’heure est à la compassion et au recueillement envers la famille du disparu, ses proches et ses amis politiques. Elle est au respect envers la mémoire du premier chef de l’Etat qui, à travers les embûches des rivalités de pouvoir, a cherché à s’identifier – et en était persuadé – aux espoirs et aux préoccupations de ses compatriotes.
À l’heure où l’Algérie ‘affronte une situation et des dangers encore plus grands que ceux de l’été 1962 et des années suivantes, l’hommage le plus fécond à rendre par ses compatriotes et par l’Histoire au leader politique sera le bilan objectif établi dans la sérénité, non pas celui d’une personne mais de toute l’époque, pour tirer les enseignements les plus constructifs de novembre 1954 à nos jours
Que la Paix et la cohésion nationale soient les fruits prioritaires de l’indépendance, garantis par les libertés démocratiques et la justice sociale. « .
En décembre 2016 : premier colloque sur le premier président de la République Ahmed Benb Bella
« Ahmed Ben Bella, dans ses dimensions nationale et internationale. » Tel a été le thème principal du premier Colloque international dédié à la mémoire du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella.
Le ministre des Moudjahidine, TayebZitouni ayant donné le coup d’envoi aux travaux de la rencontre se déroulant sur deux jours consécutifs, dira: « Nous sommes dans l’obligation de parler aux nouvelles générations de Ben Bella qui a consacré toute sa vie à la cause nationale, défendu l’Algérie et les Algériens, l’Afrique, défendu les opprimés et fait connaître toutes les causes nobles au monde entier.
Abdelkader Messahel, ministre en des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et la Ligue arabe déclarera que « la rencontre vient en reconnaissance pour l’homme ayant consacré sa vie au profit de la liberté, la paix et l’Algérie et de toute l’humanité ».
La fille du défunt, Mahdia Ben Bella, a réfuté l’idée que Ben Bella ait écrit ses Mémoires. Elle dira en ce sens que « écrire l’Histoire est la mission des gens spécialisés ». Elle a ajouté: « Ce n’est pas à lui d’écrire sur sa personne. » La mémoire du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, est encore une fois ressuscitée pour qu’elle soit immortalisée et ancrée encore plus, notamment dans les esprits des jeunes actuels, très précisément dans le milieu estudiantin.
Le Colloque international dédié à Ahmed Ben Bella a été entamé par la projection du film documentaire réalisé par Nabil Hamadache en hommage à Ben Bella. Le film est intitulé « Ahmed Ben Bella, le Héros ». « Vos positions nobles et justes ne sont pas à énumérer », dira le ministre des Moudjahidine, TayebZitouni, en donnant le coup de starter aux travaux du colloque. Dans le sillage d’une telle rencontre, l’actuel président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n’a pas été omis par les organisateurs du colloque en l’honorant tout comme a été honorée la fille du premier président de l’Algérie indépendante, Mahdia Ben Bella.
Une stèle pour Ben Bella à Tlemcen
L’ENTV s’est taillé le titre du meilleur film documentaire réalisé à la mémoire d’Ahmed Ben Bella, tout comme ont été honorés plusieurs étudiants ayant réalisé des œuvres scientifiques et littéraires sur le défunt Ahmed Ben Bella. La bibliothèque de la faculté des sciences humaines et sociales de l’université de Tlemcen a été baptisée au nom de Ben Bella. Celle-ci comprend 8500 livres, représentant la bibliothèque personnelle de Ben Bella. D’autre part, une stèle commémorative portant l’effigie de Ahmed Ben Bella a été dressée à Tlemcen. Les participants, en particulier les intervenants, n’ont pas tari d’éloges sur le défunt en énumérant ses consécrations et le parcours de l’homme en tant que militant dans le cadre du Mouvement national et de celui du FLN durant la guerre de Libération nationale. Les spécialistes, notamment les historiens, se sont, pour chacun des intervenants, penchés sur plusieurs angles visant à retracer les événements chronologiques ayant marqué la vie du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella.
S. B.

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