Grammys Awards : Bruno Mars et Kendrick Lamar raflent la mise

30 Jan , 2018 à 14:53  

Lors d’une soirée très politique, où les oreilles de Trump ont dû siffler plus d’une fois, Bruno Mars et « 24K Magic » ont été plébiscités.

Le chanteur américain Bruno Mars a récolté trois des quatre trophées majeurs de la cérémonie des Grammy Awards à New York, coiffant sur le poteau le rappeur Kendrick Lamar, au terme d’une soirée très politique. Couronné dans les catégories reines d’album de l’année pour 24K Magic, enregistrement de l’année pour le morceau-titre de l’album et chanson de l’année pour « That’s What I Like », le showman de 32 ans au style flamboyant est reparti avec six récompenses, record de la soirée.
En recevant le titre d’album de l’année, dernier prix de la cérémonie, Peter Hernandez, de son vrai nom, a remercié les autres artistes sélectionnés dans la catégorie, dont Kendrick Lamar et Jay-Z. C’est un nouveau camouflet pour le hip-hop, qui n’a remporté que deux fois le prix d’album de l’année, la dernière fois il y a 15 ans.

Le grand chelem de Kendrick Lamar
Beyoncé avait été la grande perdante des Grammys 2017. Son mari Jay-Z, l’un des favoris pour ces Grammys avec un record de huit nominations, aura été le grand perdant de la cérémonie 2018. À 48 ans, ce vétéran du hip-hop, déjà primé 21 fois aux Grammys, a été devancé dans trois catégories majeures par Bruno Mars et dans trois sous-catégories rap par Kendrick Lamar. Les deux artistes lui ont rendu un hommage appuyé, soulignant combien il les avait influencés. « Jay président ! » a même lancé Lamar, qui est, lui, reparti avec cinq statuettes, réalisant son second grand chelem dans les quatre catégories rap et y ajoutant la meilleure vidéo pour « Humble ».
Il a aussi ouvert la retransmission télévisée avec une performance coup de poing, offrant à un public enthousiaste une interprétation de son titre « XXX », avec Bono du groupe U2 et entouré de figurants en tenue de camouflage et cagoule noire. « XXX » est l’un des titres les plus engagés de l’album Damn, qui évoque les meurtres de jeunes hommes noirs aux États-Unis. Lamar a conclu sa prestation entouré de figurants habillés de rouge, qui semblaient recevoir des coups de feu et s’écrouler.

« C’est fini »
Alors que l’industrie du disque avait semblé assez détachée des enjeux du moment, la cérémonie des Grammys a finalement fait feu de tout bois et multiplié les interventions politiques, reprenant la main à Hollywood, qui avait amorcé le mouvement. De nombreux invités, de Lady Gaga à Sting, en passant par Khalid ou Cindy Lauper, étaient arrivés à la cérémonie en arborant des roses blanches en écho aux mouvements #MeToo et Time’s Up à Hollywood.
Lors de son passage sur scène, Lady Gaga a ensuite rendu hommage à Time’s Up, contre le harcèlement et pour l’égalité entre hommes et femmes, avant que la chanteuse et actrice Janelle Monáe n’y revienne lors d’un vibrant monologue. « À ceux qui voudraient essayer de nous faire taire, nous offrons deux mots : “c’est fini”. Finis les inégalités de rémunérations, la discrimination, le harcèlement sous toutes ses formes et les abus de pouvoir », a déclaré la chanteuse en présentant une prestation de Kesha qui, avec sa chanson « Praying », a rappelé sa bataille contre un producteur qu’elle accuse de l’avoir violée.

Dreamers
Immédiatement derrière, une autre chanteuse, Camila Cabello, a rendu hommage aux Dreamers, les bénéficiaires du programme Daca qui permet à des immigrés arrivés enfants clandestinement aux États-Unis de travailler et d’étudier légalement. Ce programme a été supprimé par le président Donald Trump, qui a pressé le Congrès de le remplacer par une nouvelle législation. Mais les parlementaires sont, pour l’instant, dans l’impasse. Camila Cabello a rappelé qu’elle était elle-même arrivée enfant de Cuba avec ses parents, « arrivés dans ce pays sans rien en poche que de l’espoir ». Les chapitres politiques se sont multipliés, avec une prestation de U2 devant la statue de la Liberté, avec un rappel du poème inscrit à sa base, qui invite à accueillir tous les immigrés qui se rendent à New York et aux États-Unis.
Autre salve, le présentateur de la retransmission, James Corden, a fait lire à des chanteurs, mais aussi à Hillary Clinton des passages du livre polémique Fire and Fury, qui brosse un tableau apocalyptique de la première année de l’administration Trump à la Maison-Blanche.
Le rappeur Logic, qui interprétait son titre « 1-800-273-8255 » pour la prévention du suicide, a conclu les prestations scéniques de la soirée avec un nouveau message tourné vers les autres pays du monde, « nourris de culture, de diversité et de milliers d’années d’histoire ». Une allusion directe à la politique migratoire du président Trump et à ses récents propos polémiques sur les « pays de merde », qu’il conteste avoir tenus.

Despacito bredouille
En début de soirée, la Canadienne Alessia Cara, 21 ans, avait créé la surprise en remportant le premier des quatre trophées majeurs, celui de révélation de l’année. L’auteure notamment du tube « Scars to Your Beautiful » a appelé à soutenir « la vraie musique et les vrais artistes, car tout le monde doit avoir les mêmes chances ». « Je fais semblant de remporter les Grammys depuis que je suis enfant, sous la douche », a-t-elle déclaré à l’annonce de sa victoire. Elle a débuté en mettant en ligne des vidéos d’imitations humoristiques – souvent frappantes de ressemblance – de chanteuses célèbres comme Amy Winehouse ou Taylor Swift.
Outre Jay-Z, l’autre grand perdant de la soirée a été « Despacito », le mégahit qui a tout remporté sur son passage en 2017. Nommé dans trois catégories, il est reparti bredouille dimanche.

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