Fibda 2018/Par manque de ressources ou de vocation : L’Edition, maillon faible de la BD algérienne

8 Oct , 2018 à 15:02  

Écrit par Nadir Kadi

La 11e édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), qui a pris fin avant-hier, a été marquée cette année durant quatre jours par une programmation globalement réussie avec, entres autres, près d’une dizaine d’ateliers de formations, autant d’expositions, dont celle consacrée à la BD canadienne, pays invité d’honneur, ainsi que plusieurs stands d’exposition d’éditeurs venus de plusieurs pays.

Le Fibda aura, cependant, été l’occasion d’un constat plutôt alarmant pour l’avenir de la bande dessinée algérienne. Cette 11e édition, contrairement aux premières, n’a accueilli que trois stands de maisons d’édition algériennes, en l’occurrence l’Enag, Z-link et Dalimen, alors que le pays compte officiellement près d’un millier de professionnels dans le secteur de l’édition.

Une situation paradoxale que reconnaît la commissaire du Fibda, Dalila Nadjem, nous déclarant : «Il n’y a eu que trois maisons d’édition algériennes présentes à cette 11e édition. C’est vrai que c’est très peu, mais il faut aussi savoir qu’il y a aujourd’hui très peu d’éditeurs qui proposent de la bande dessinée dans leurs catalogues et les autres n’ont tout simplement pas investi dans ce secteur. Cela est désolant.»

Elle ajoute, par ailleurs, à propos de ce véritable «abandon» dans lequel se retrouve l’industrie des bandes dessinées, depuis ces trois dernières années, que «des éditeurs qui proposaient auparavant des BD ont également fermé boutique, alors que d’autres se sont orientés vers d’autres activités» allusion notamment à Kasa édition ou Editions Labter.

Les raisons qui pourraient expliquer les réticences des éditeurs privés à investir dans la production de BD seraient d’ordre financier, estime Dalila Nadjem, également directrice des éditions Dalimen, en nous rappellant ainsi que «le coût de publication d’une BD reste plus élevé que celui d’un roman». Elle explique, également, que la BD algérienne subit, aujourd’hui, les conséquences de la crise de 2015 et de la diminution des budgets de la culture qui en a découlé.

«En 2015, le Fibda avait accueilli onze maisons d’édition algériennes. A cette époque, il y avait également plusieurs revues grâce à un certain soutien de l’Etat. Cela nous avait conduit à penser que la dynamique était lancée, puis, la crise financière est venue et elle a été dramatique pour le secteur du neuvième art». En effet, elle affirme que l’une des conséquences de cette crise financière fut la suppression des commandes d’ouvrages que passait presque systématiquement le ministère de la Culture auprès des éditeurs. «Il y a quelques années, les éditeurs algériens avaient le soutien du ministère de la Culture. Nous avions 1 000 à 1 500 exemplaires qui étaient commandés par le secteur pour les bibliothèques. Mais depuis environ trois ans, ce n’est plus le cas. C’est aussi pour cela que plusieurs maisons d’édition ont aujourd’hui fermé », confie l’éditrice.

Par ailleurs, l’une des importantes contraintes dans le domaine de l’édition de la bande dessinée est le fait que la production nécessite du temps et un certain investissement des maisons d’édition. Ceci apparaît dans le nouveau contexte après l’année 2015 comme «un risque» que beaucoup hésitent à prendre.

Notre interlocutrice souligne à ce sujet que «ce qu’il faut comprendre est que la réalisation d’une BD nécessite entre un an et un an et demi de travail. Un auteur a besoin de soutien pour arriver au bout de son projet. Dans les pays où le marché de la bande dessinée est déjà structuré, un éditeur qui trouve qu’un projet d’album est intéressant, la première chose qu’il fait est de donner à l’auteur une avance sur sa rémunération. Cela permet au bédéiste de travailler et de vivre sereinement durant quelques mois. Par la suite le rôle de l’éditeur est également de placer l’album auprès des libraires, des bibliothèques, des institution».

En outre, une autre conséquence de la crise, que vit l’édition de la bande dessinée en Algérie, est le manque d’opportunité de travaux offerts aux auteurs. La responsable du Fibda, nous précise qu’au final «le Fibda a formé plus de 150 jeunes. Mais seuls quelques-uns ont effectivement été publiés. Beaucoup d’autres sont partis à l’étranger et certains travaillent, aujourd’hui, dans la production de films d’animations»

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