Exclusif « Louisa Hanoune », secrétaire générale du parti des travailleus, à l’expression: »Rendons grâce à la sagesse de Bouteflika »

24 Juin , 2018 à 10:42  

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Opposante responsable, intraitable surtout quand il est question de souveraineté nationale, la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, qui a bien voulu nous accorder cet entretien, dissèque, sans concession, la situation politique du pays sans la détacher des enjeux internationaux. Aussi rappelle-t-elle que la crise que vit le pays n’est que l’impact directe du système capitaliste mondial auquel il convient de faire face par la résistance, par le renforcement du front interne. Seules, dit-elle, ces deux actions peuvent sauver les intérêts des travailleurs et des couches larges de la société et qui pourraient déjouer les visées des forces impérialistes et prédatrices. Mais on ne doit pas en faire des instruments pour bâillonner les syndicats et étouffer toutes formes d’expression libre. Madame Hanoune croit à une solution qui passe par une Assemblée constituante dans la perspective d’immuniser la Nation et consolider la souveraineté nationale.

L’Expression: Une crise nationale est indissociable de la crise internationale. Pouvez-vous nous donner une lecture dans ce sens?
Louisa Hanoune: L’Algérie pas plus qu’un autre pays, ne vit pas en autarcie, pour la simple raison que le système capitaliste et impérialiste est un système mondial. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir des situations où les souverainetés existent et des Etats souverains avec des dirigeants éclairés, progressistes et nationalistes. Dans le monde il y a quelques exemples. Le système capitaliste mondial est dans une crise majeure, et cette crise fait que maintenant la seule réponse qu’il apporte à tous les pays du monde, c’est la guerre. La guerre sociale contre les travailleurs d’abord, partout dans le monde, à commencer par les Etats-Unis et l’Europe, puis la guerre contre les nations opprimées, c’est ce qui se passe au Moyen-Orient, en Afrique. C’est maintenant où nous assistons à une situation où les coups d’Etat sont mis en place par l’impérialisme américain. Cela a été le cas au Brésil en 2016, il y a la tentative de renversement au Venezuela. Ce qui signifie que ceux qui dirigent ce système à l’échelle mondiale n’hésitent plus à organiser les coups d’Etat. Ce n’est pas forcément des coups d’Etat militaires mais en faisant recours à la justice et le Parlement et en utilisant des artifices, des forces occultes et des oligarchies. En bref, ce système mondial a une seule réponse, la barbarie et la guerre. L’Europe est un exemple saillant de cet effondrement inimaginable d’il y a 15 ans de cela.
En vérité, ce système qui est miné par des contradictions à l’intérieur, ne veut pas se restructurer, ce système aurait dû disparaître il y a bien longtemps mais pour différentes raisons historiques, il arrive à se maintenir, mais au détriment de la civilisation humaine. Quand on regarde comment la barbarie avance, comment la famine avance, y compris comment l’argent de la drogue et du trafic est intégré dans le budget des Etats, on voit l’ampleur très lourde des dégâts. Pour résumer le tableau, le totalitarisme est en train d’avancer de la manière la plus spectaculaire aux Etats-Unis et dans le monde en général.

Et qu’en est-il de l’Algérie? Quelle lecture faites-vous à la lumière de ces évolutions et de ces convulsions que connaît le monde?
La seule voie qui tient la route aujourd’hui que ce soit pour nous ou pour les pays dominés et qui résistent, c’est d’aller vers la mise en place de l’Assemblée constituante.

La voie du compromis…
Oui, la voie du compromis et non pas de la compromission. C’est-à-dire aller vers l’instauration de la démocratie, pour ainsi dire, il faut que la parole revienne au peuple. On doit tirer les leçons de ce qui se passe dans le monde, c’est ce qui nous amène à dire si on regarde autour de nous, la Libye disloquée, le Sahel ou les bases militaires françaises, les bases américaines et autres, on constate les contradictions qui s’expriment sur le terrain: l’enjeu, c’est la course effrénée pour la mainmise sur les richesses de la région. Pour nous, la solution est claire, c’est le socialisme. Partant de ces résistances, ça renforce notre combativité, et c’est à partir de notre regard par rapport à ce qui se passe dans le monde, que nous inscrivons notre perspective politique. Nous pensons que pour notre pays s’en sorte indemne et qu’il puisse résister, il nous faut renforcer notre immunité, l’immunité qui est comprise par certains comme étant le front intérieur, mais pour nous, immuniser le front intérieur, ce n’est pas bâillonner les syndicats ou ça veut dire les travailleurs et les couches larges doivent mourir en silence et se sacrifier pour une minorité d’oligarques et de riches. Il faut se mettre d’accord, l’Algérie n’a jamais eu de bourgeoisie nationale, je veux dire une bourgeoisie traditionnelle, nous sommes un pays qui était opprimé par la colonisation. La colonisation n’a pas permis qu’il y ait une bourgeoisie nationale. Nous avons une petite bourgeoisie et dans laquelle il y a une minorité qui aspire à monter vers le haut et une majorité qui est tirée vers le bas. Depuis 2014, c’est-à-dire depuis que la crise est ouverte en Algérie d’une manière violente, on a assisté à l’apparition de nouveaux riches, mais ce ne sont pas les représentants de la bourgeoisie, c’est comme en Russie, une oligarchie mafieuse. Il ne s’agit pas d’une bourgeoise visant la restauration d’un système bourgeois comme c’était le cas pour la Russie tsariste. L’Algérie ne figure pas dans cette catégorie de similitudes. Nous sommes un pays opprimé et comme tous les pays opprimés, l’Etat algérien est ciblé, surtout après l’adoption des orientations qui ont trait à la loi de finances et le Code d’investissement, l’intégration totale dans ce système se vérifie dans la perspective de se voir broyé comme tous les pays qui ont connu cette situation.
Il faut dire que pour nous aussi, il y a des périodes où il y a eu des résistances dans ce pays contre ce système. L’Etat algérien est connu pour ses résistances à l’impérialisme après l’indépendance, il y a eu une révolution en Algérie qui est allée le plus loin du point de vue des guerres d’indépendance nationale. C’est une révolution qui est allée le plus loin dans sa rupture avec l’impérialisme, notamment jusqu’à 1971 avec la nationalisation des hydrocarbures après la nationalisation des terres, des banques, des chemins de fer, des ports et des aéroports, après avoir chassé la présence militaire française. Donc, il y a eu une résistance reconnue comme telle, mais après il y a eu une crise de l’endettement extérieur qui nous a transformés en un pays africain comme tous les
autres. Malgré le terrorisme, l’Algérie a su résister et malgré le fait que le FMI et la Banque mondiale nous aient imposé une autre guerre, mais quand même l’Algérie a résisté en imposant une solution politique exclusivement algérienne à la crise qu’elle traversait durant les années du terrorisme. Parce que les autres pays qui ont connu une situation beaucoup moins grave que notre pays se sont retrouvés sous la tutelle de l’ONU ou les Américains ou les Européens. Pour nous, la solution était algérienne, exclusivement algérienne, donc, notre souveraineté nationale est restée sauve. Mais après la «renationalisation» de nos hydrocarbures entre 2006 et 2009-2014, il y a eu une orientation résistancielle sur le plan économique et social. Le problème, c’est qu’elle était contradictoire, elle a ouvert la voie aussi au renforcement de la prédation, donc à la naissance de l’oligarchie organisée et qui est devenue une sorte de pieuvre qui a des tentacules un peu partout. Et là, ça devient un danger.
Pour cela, nous disons que l’Etat algérien est en danger. Il est gangrené par les interférences qui existent entre l’argent sale, la politique, le siphonnage de l’argent public, la surfacturation, les crédits non remboursés et les impôts non payés etc. Les Algériens constatent que ne s’exprime pas une réelle volonté politique de mettre un terme à cela. C’est-à-dire à ces dérives mortelles. Donc, c’est l’Etat qui est devenu l’otage de cela. C’est la raison pour laquelle nous, en 2009 et 2010, pensions qu’il était encore possible de se battre pour des réformes à l’intérieur, c’est-à-dire que le système pouvait être réformé et nous avons mené une campagne, où nous avons collecté 1300.000 signatures adressées au président de la République en lui demandant d’ordonner des réformes politiques profondes.

Quelles sont ces réformes?
C’est de redonner la parole au peuple, d’organiser des élections législatives anticipées, pour commencer le renouveau politique. Mais c’est le contraire qui s’est produit, c’est la décomposition à grande échelle et malheureusement maintenant, la démocratie politique est en grand danger, c’est-à-dire les partis politiques sont en danger, parce qu’il y a ce mélange de l’argent sale avec la politique qui a atteint les partis du pouvoir et même certains partis de l’opposition, sans oublier la fraude qui est devenue une pratique courante. Il n’existe aucun pays au monde où la fraude a pris une ampleur aussi irréelle. C’est une provocation très lourde. C’est un hold-up, pour ne pas dire un viol collectif.

Certains partis appellent à la reconstruction du consensus national. Est-ce que Louisa Hanoune adhère à cette perspective ou développe-t-elle une démarche autre, plus nuancée?
Vous savez, nous, nous voulons que le peuple exerce sa souveraineté. Nous ne voulons pas que les appareils de partis politiques confisquent la souveraineté du peuple qui a été déjà confisquée depuis 1962, que les partis se concertent, se mettent d’accord sur des choses qui concernent les questions essentielles du pays, pourquoi pas. comme c’est le cas pour un front uni que l’on a déjà fait sur des questions nationales ou même sur des questions internationales comme c’est le cas pour la question palestinienne ou sur l’Irak et même au niveau de l’Assemblée populaire nationale pour supprimer la TVA sur les véhicules, nos députés ont fait le tour sur les parlementaires sans exclure aucun groupe, d’abord bien sûr ceux de l’opposition et aussi avec le FLN. Il faut dire que c’est grâce à la sagesse du président Abdelaziz Bouteflika que le projet de loi de finances dans ses articles qui ciblent les travailleurs et les couches larges, ont été retirés; nous félicitons ces décisions émanant du président de la République. Ce sont des décisions résistancielles. Donc, pour nous quand il s’agit des intérêts des travailleurs et des larges couches et aussi des intérêts de la nation, nous n’avons pas d’états d’âme, surtout quand il s’agit de défendre la souveraineté nationale, nous sommes prêts à nous asseoir avec tous les partis, les syndicats et les associations, avec tout le monde. Mais nous, nous sommes un parti indépendant, et nous militons pour le multipartisme, déjà la démocratie politique est en danger à cause de ces développements que vit le pays et la décomposition qui le guette.
Nous ne voulons pas que le multipartisme soit dissous. Je dirai que chaque parti a son programme politique et économique, et je fais allusion ici à de vrais partis et non pas à des nébuleuses. Et des partis clientélistes créés juste pour que leurs chefs soient ministres ou je ne sais pas quoi. Donc, pour nous, ces partis doivent agir. Mais pour nous, le consensus, franchement, personnellement, je ne le comprends pas, je n’arrive pas à cerner qu’est-ce que ça signifie. De mon point de vue, le consensus c’est vraiment la négation de la démocratie. ça veut dire on se met tous d’accord et ensemble sur quoi, sur un programme? On ne peut pas être d’accord sur un programme économique, voyez-vous, même dans l’opposition il y a des partis qui ont un programme libéral sur le plan économique, mais nous avons des points communs avec eux sur des questions démocratiques, on peut être d’accord avec eux sur la question de la femme et avec d’autres on peut être d’accord sur l’aspect social et ainsi de suite. Mais il y a des partis avec qui on peut partager plus d’affinités politiques parce que sur le plan idéologique et doctrinal il y a des choses qui nous rassemblent, malgré ça il y a quand même des différences.
Nous considérons que le multipartisme ne doit pas être remis en cause et que la démocratie doit être mise en avant. C’est donc la souveraineté du peuple qui doit être respectée. Il est temps maintenant que ce choix soit réellement pris en charge si on veut immuniser le pays.
Il y a l’armée qui défend les frontières et l’unité nationale. Mais quand on dit que le peuple doit immuniser le pays ça veut dire quoi? Ca veut dire qu’il doit être souverain; c’est lui qui doit définir la forme et le contenu des institutions dont il a besoin pour exercer sa souveraineté. Il faut restituer la parole au peuple. Ce que certains appellent consensus, nous, nous le définissons comme une Assemblée constituante. Ce sont des Algériennes et des Algériens qui sont élus par le peuple.

Mais est-ce que cela veut dire aussi que nous allons remettre en cause de fond en comble tout ce qui a été réalisé depuis l’indépendance?
Attendez, d’abord les constituants qui ont les pouvoirs, soit ils modifient l’actuelle Constitution dans le fond, c’est-à-dire ils l’améliorent, puisqu’il y a beaucoup de contradictions et d’imbroglios dedans, comme c’est le cas pour l’exceptionnalité, il y a quand même un sérieux problème. La révision constitutionnelle de 2016 c’est un fourre-tout. Pour nous, on ne peut pas dissocier les libertés démocratiques du reste des libertés et droits sociaux. On est convaincu que ce système est incapable de se réformer lui-même. C’est pour cette raison que nous appelons à l’élection de l’Assemblée constituante pour que le peuple exprime sa volonté et choisisse souverainement.

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