Coupe du monde de football: «Guerre et paix»

12 Juil , 2018 à 10:58  

Par M’hammedi Bouzina Med.

Coupe du monde de football: «Guerre et paix»

Déploiement des emblèmes nationaux, hymnes nationaux chantés avant la confrontation sur le terrain. Le football est-il un antidote à la guerre ? Comme celle dite « la guerre des cent heures » qui opposa le Honduras et la Salvador en juin 1969 suite à un match de foot?

Les rencontres de football, particulièrement entre nations, soulèvent une multitude de passions, de comportements et d’engagements des supporters qui ritualisent sous forme de violence et de joie le caractère belliqueux et inné enfoui dans nos consciences depuis la nuit des temps, celui de la « domination de l’autre ». Tout y est: hymnes nationaux des deux belligérants annonçant le début de  » l’affrontement », cris de guerre des supporters dans les tribunes, hurlement de slogans de ralliement des supporters, explosion de joie aux buts marqués contre l’adversaire, batailles rangées jusque hors des stades avant et après la rencontre pour les plus fanatiques. Mais pas que puisque les leaders des pays, chefs d’Etat compris assistent aux rencontres décisives pour exprimer la hauteur de l’enjeu qui se joue sur le terrain.

Au delà de la rencontre qui se veut être purement sportive et amusante se cache une confrontation, un affrontement, une bagarre où l’égo, le « moi », l’envie de dominer l’autre et de le battre est présente durant tout le match. Et pour peu que l’on perde son sang froid, on admet difficilement la défaite et la violence n’est jamais loin jusqu’entre pays, Etats et peuples. Rappelons-nous la « guerre des cent heures » en 1969 entre le Salvador et le Honduras lors d’un match de qualification pour la coupe du monde de 1970 qui eut lieu au Mexique. Les deux pays en sont venus aux armes, avions et chars d’assauts déployés qui ont fait près de 3.000 morts et 15.000 blessés, le renvoie de près de 100.000 salvadoriens du Honduras et un état d’alerte général dans les deux pays. Il a fallu attendre 10 ans pour que les deux pays signent un « traité de paix » ! Tout ça pour ça, pour un math de football. Et en ce qui nous concerne, a-t-on vite oublié « l’épopée de Oum-Dourmane » et le match qualificatif de l’Algérie face à l’Egypte en novembre 2009? Les deux pays ont failli rompre totalement leurs relations diplomatiques, des Algériens résidents en Egypte, notamment des étudiants, ont été contraints de quitter le pays et leurs études sans parler de l’hystérie qui s’est accaparée des deux peuples où l’insulte et la haine avaient atteint un seuil paroxystique. Un match de football n’est donc pas une simple rencontre festive ou sont magnifiés l’effort, l’endurance et… l’art de manier une balle ronde. C’est un « affrontement » inconscient et conscient à la fois entre les « Hommes » où il est question de force, de ruse, de domination. Le jargon du football est truffé de vocabulaire de guerre: on y parle sans cesse de stratégie, de tactique, de défense, d’attaque, de meneur, de capitaine, de force mentale etc. comme dans une bataille sur un champ de guerre. Le rituel est semblable à celui d’un combat entre deux parties engagées pour un enjeu de « domination  » de l’autre. Le football, invention anglaise du 19ème siècle a réinventé les cirques de l’antiquité où se battaient à mort les gladiateurs sous les hurlements jouissifs et hystériques du peuple et de ses chefs.

Le stade de football n’est rien d’autre que le cirque d’antan avec son arène et ses gradins. Les meilleurs gladiateurs étaient célébrés, couverts de présents et libérés lorsqu’ils étaient esclaves. Aujourd’hui on les appelle les « stars » du football, ils sont adulés, vénérés, enrichis comme crésus et adorés comme des dieux: les Cristiano Ronaldo, Messie, Hazard et avant eux les Cruijf, Pelé, Mardonna etc. ont leurs statues de cire dans des musées à Londres, Paris et ailleurs et pour certains des statues sur des places et les entrées des stades et des villes qui les ont eu dans leurs clubs. Du coup, l’incontournable lien entre la politique et le football ( et autres sports populaires) est inévitable. La passion populaire du sport le plus populaire qu’est le football ne peut échapper aux appétits des politiques en quête de pouvoir. Cela va du club local jusqu’au team national.

Des stars du football se sont vues propulsées à des postes politiques ou à défaut servir des missions au service de politiques. Mieux, en Afrique l’ex-star du football du Libéria, Gorge Weah s’est présenté aux élections présidentielles dans son pays et a gagné les élections. Il est depuis janvier de cette année président de la république. Admiré dans son pays pour son art du football, sa réussite hors de son pays et son patriotisme sincère, George Weah est devenu le symbole de tout un peuple, un « messie » porteur de leurs espérances.  » Le football est l’opium des peuples  » pour paraphraser la célèbre citation de karl Marx dans sa « critique de la philosophie du droit de Hegel ». Parce que la passion du football fait oublier au peuple ses problèmes, sa misère et voile sa lucidité dans la compréhension de sa condition de « dominé ». Du coup, le paradoxe de la passion du football devient plus complexe: le football rassemble tous, peuples et dirigeants alors qu’il exprime un rapport de force entre dominants et dominés. La même logique fonctionne à l’échelle des clubs locaux. Les batailles et violences qui suivent les rencontres entre clubs traduisent des confrontations entre régions, départements, clans et même ethnies. A ce titre le « derby » exprime encore plus la guéguerre entre groupes sociaux de la même ville ou région. Les plus célèbres ont désormais une appellation d’origine protégée: « Classico » pour le réal de Madrid et le FC Barcelone; Pour Le PSG de Paris et l’OM de Marseille et chez nous entre L’USMA et le Mouloudia d’Alger ou entre Le MCO d’Oran et son rival l’ASMO. A l’échelle des nations, la rivalité est encore plus intense et passionnée. Les défaites des équipe habituellement stars lors des coupes du monde telles le Brésil, l’Espagne, L’Allemagne, L’Argentine lors de l’édition russe sont vécues comme une revanche des éternels outsiders comme la Croatie, la Belgique ou l’Angleterre. La Russie , pays organisateur, donnée perdante dès les qualifications de matchs de poule a su conjurer le sort et aller jusqu’aux quart de final malgré un effectif de joueurs moyens et peu expérimentés au grand rendez-vous de ce type. Les Russes donnés perdant dès l’entame du tournoi ont usé d’une force mentale et d’une résistance physique exceptionnelles pour en arriver au quart de final. Les Russes plus que les autres pays jouaient chez eux, devant leur public et leur… responsables politiques. Il fallait donner tout ce qu’ils avaient dans les tripes pour sauver l’honneur russe.

Finalement, et avec la complexité des relations entre nations, les enjeux politiques et la violence qui dominent la vie dans ce monde, les peuples se sont inventés un remède efficace pour dégoupiller l’envie d’en découdre par les armes: ils ont inventé et adopté le football comme dérivatif de tous leurs fantasmes, colères, envies, jalousies et violences. Comme dérivatif à la guerre. En lieu et place des armes, affrontons-nous autour d’un simple ballon et crions ensemble  » que le meilleur gagne » , même si on souhaite au fond toujours être ce « meilleur qui gagne ». En attendant le lauréat de cette édition russe, les peuples du monde entier font la fête et célèbrent la paix en lieu et place de la guerre. Rien que pour cela, vive le football !

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