Après six ans d’interruption: Le Maroc et le Polisario reprennent langue à Genève

6 Déc , 2018 à 13:49  

Après une interruption longue de six ans, le Front Polisario et le Maroc ont relancé les pourparlers, hier, pour se poursuivre aujourd’hui, au Palais des nations de Genève, en Suisse.

M. Kebci – Alger (Le Soir) – S’il est important du fait qu’il constitue une étape importante dans la mesure où il déterminera la suite des événements dans le processus de règlement de ce conflit vieux de 43 ans, il est juste question lors de ce conclave auquel prennent part notre pays et la Mauritanie en tant que pays voisins et observateurs, d’évoquer les prochaines étapes du processus de règlement onusien et brosser un bilan des développements survenus depuis l’échec des négociations de Manhasset aux Etats-Unis, il y a six ans, en 2012 et entamées cinq ans plus tôt, en 2007. Préambule à l’ouverture «d’un nouveau chapitre dans le processus politique», comme le souligne, par ailleurs, la lettre d’invitation adressée en octobre dernier aux deux parties en conflit par Horst Köhler, le représentant personnel du secrétaire général des Nations-Unies pour le Sahara Occidental.
Il s’agit de jauger de la disponibilité du Makhzen à se départir de son refus de ce que prévoit l’ONU dans ses résolutions garantissant au peuple sahraoui l’exercice de son droit à l’autodétermination, dont celle adoptée en avril 2018 (2414) qui avait appelé les deux parties au conflit à «reprendre les négociations, sans conditions préalables et de bonne foi».
Ce qui est loin d’être le cas puisque le Royaume chérifien a, ces derniers temps, multiplié les manœuvres et autres déclarations via lesquelles il signifie on ne peut plus clairement son refus de toute solution au conflit autre que celle qu’il préconise ; une autonomie du Sahara Occidental sous sa souveraineté ; soit l’exact contraire de l’initiative onusienne. Et pas que cela, les responsables marocains font tout pour bilatéraliser le conflit avec l’Algérie en sus de tentatives de contestation de la légitimité du Front Polisario, en mettant en avant un autre mouvement qui lui serait concurrent.
Ce qui est déjà contraire à l’esprit de l’initiative onusienne. C’est une manière pour eux, soutiennent des observateurs, «de saborder la rencontre d’aujourd’hui avant qu’elle ne commence». Les mêmes observateurs rappellent aussi «les dernières tentatives avortées du Maroc de bilatéraliser le conflit du Sahara Occidental avec l’Algérie».
Ces velléités de Rabat de torpiller cette reprise des pourparlers avec le Front Polisario voilent mal sa crainte de se retrouver dos au mur, surtout que la cause sahraouie a enregistré ces dernières années d’importantes avancées, marquées notamment par les verdicts de la CJUE, établissant la distinction entre le Maroc et les territoires sahraouis occupés. Ceci sans oublier le fait que le Conseil de sécurité de l’ONU a réduit le mandat de la Minurso de douze à six mois afin de sortir le conflit du statu quo. Un statu quo qui, du fait qu’il l’arrange, fait tout pour le prolonger indéfiniment.

Une autre victoire pour le Polisario
A noter que la reprise des pourparlers entre le Polisario et le Maroc intervient le jour même où le Tribunal de l’Union européenne (UE), saisi par le Front Polisario, juge que l’accord sur l’aviation civile conclu en janvier 2018, entre l’Union européenne et le Maroc, est sans application au territoire du Sahara Occidental et à son espace aérien. Une décision à valeurs de victoire «diplomatique» et «juridique» pour le Front Polisario dont il s’est félicité en ce sens qu’elle permet de «dégager un édifice complet de souveraineté: la terre, la mer et l’espace aérien, alors que le pouvoir politique européen s’égare dans des contournements du droit, la juridiction européenne, pour une troisième fois, statue de manière explicite sur la question de souveraineté». Une décision qui montre, aussi, selon le coordinateur entre le Polisario et la Minurso, M’hamed Khadad, «l’amateurisme et l’absence de vision de la Commission européenne qui affirmait ces jours-ci qu’avec le soi-disant procédé d’extension, elle allait apporter la sécurité juridique, et ce, alors qu’elle avait simplement oublié dans son raisonnement qu’il existait un espace aérien sahraoui ! Tout est à refaire».
M. K.

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