Algérie-Maroc: Mohammed VI appelle à un «dialogue direct et franc»

8 Nov , 2018 à 9:38  

Yazid Alilat

Algérie-Maroc: Mohammed VI appelle à un «dialogue direct et franc»

C’est un discours absolument nouveau à l’égard de l’Algérie qu’a prononcé mardi soir le roi du Maroc Mohammed VI, qui a appelé à la normalisation des relations entre les deux pays, proposant dans la foulée la mise en place d’un mécanisme bilatéral devant mettre à plat tous «les différends», tous «les contentieux». Il a expliqué dans son discours à l’occasion du 43ème anniversaire de la «marche verte» qui a donné le feu vert pour l’occupation du Sahara Occidental, que les relations entre Alger et Rabat «échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable». Mohammed VI récuse d’emblée une «tierce partie» chargée de jouer le rôle de médiateur entre les deux pays pour normaliser leurs relations, estimant qu’il n’est «nul besoin qu’une tierce partie joue, entre nous, les intercesseurs ou les médiateurs». Il a même affirmé que depuis son accession au trône, il a appelé «avec sincérité et bonne foi à l’ouverture des frontières entre les deux pays, à la normalisation des relations maroco-algériennes». Dès lors, Mohammed VI déclare «la disposition du Maroc au dialogue direct et franc (avec l’Algérie sœur), afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement de nos relations.» Et propose, dans la foulée, «la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation», estimant que «le niveau de représentation au sein de cette structure, son format, sa nature sont à convenir d’un commun accord.» «En vertu de son mandat, ce mécanisme devra s’engager à examiner toutes les questions bilatérales, avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert», ajoute t-il.

En outre, ce mécanisme, a-t-il dit, «pourra constituer le cadre pratique d’une coopération, centrée sur les différentes questions bilatérales, notamment celle qui a trait à la valorisation des opportunités et des potentiels de développement que recèle la région du Maghreb.» Et «son rôle sera aussi de contribuer au renforcement de la concertation et de la coordination bilatérales pour permettre de relever efficacement les défis régionaux et internationaux, notamment ceux qui sont liés à la lutte anti-terroriste et à la problématique migratoire.» Le roi du Maroc ne perd pas de vue les questions de l’heure qui préoccupent la communauté internationale et compte ainsi mettre en place ce mécanisme pour notamment renforcer la coopération en matière de lutte antiterroriste et contre l’immigration clandestine. Selon un haut responsable marocain cité par l’AFP, le mécanisme évoqué par Mohammed VI «permettrait de discuter sans tabou de toutes les questions bilatérales en suspens et de mettre tous les griefs sur la table: la drogue, la contrebande, la question du Sahara occidental, les faits historiques non clarifiés, les conventions non respectées.» Comme ce mécanisme «permettrait d’identifier les projets de coopération bilatérale dans des domaines clefs comme la sécurité, et de coordonner les actions sur les questions plus globales comme la migration et le terrorisme», ajoute la même source. «On espère que l’Algérie répondra positivement pour déjouer les pronostics, qui nous décrivent comme une région condamnée à la division», a insisté le haut responsable gouvernemental en soulignant que «d’autres pays ont pu surmonter les difficultés en tablant sur le dialogue et en pariant sur un avenir commun». En outre, «le Maroc est ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie pour désamorcer le blocage dans lequel se trouvent les relations entre les deux pays voisins frères», ajoute le souverain marocain qui a précisé que «nous ne ménagerons aucun effort, au Maroc, pour asseoir nos relations bilatérales sur de solides bases de confiance, de solidarité et de bon voisinage.»

Le discours à la nation du souverain marocain contraste fortement avec le ton adopté ces dernières années par Rabat vis-à-vis de l’Algérie. Au mois de mai dernier, le chef de la diplomatie marocaine, Nacer Bourita, n’a pas hésité à provoquer une crise diplomatique avec l’Algérie en l’accusant de fermer les yeux sur un supposé approvisionnement en armes sur son sol au Front Polisario par l’Iran, via le Hezbollah libanais. Il y a quelques jours, le même ministre marocain s’est rendu à Nouakchott, en Mauritanie, à l’issue de la première foire commerciale algérienne qui a été couronnée de succès.

Le renforcement des relations commerciales et économiques entre Alger et Nouakchott n’a pas été, visiblement, apprécié à Rabat qui craint une présence de plus en plus marquée des opérateurs et investisseurs algériens sur le marché mauritanien et, au-delà, vers l’Afrique. «Last but not least», la dernière visite d’une délégation gouvernementale algérienne à Rabat, qui devait en juin 2005 aborder tous les dossiers des relations bilatérales, avait été annulée par le Maroc, qui l’a qualifiée d’ «inopportune». Du reste, les volte-face du Maroc à l’égard de l’Algérie sont connues. Alors, quel crédit accorder à la «énième» «initiative» du roi ?

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